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jeudi, 30 avril 2015

Good Kill [Cinéma/Critiques]

good kill

Après deux gros films de commande, dont un Time Out pas franchement à la hauteur de ses capacités, Andrew Niccol nous revient avec un sujet brûlant dans la droite lignée d'un Lord of War. La dérision en moins.

Pilote de chasse chevronné, Tommy Egan s'est vu cloué au sol comme beaucoup à cause de la prolifération des drones. Désormais il attaque à distance par écran interposé. Aucun risque, pas d'adrénaline. Une véritable régression pour lui dont sa vie de couple pâtit de plus en plus.

La guerre change de forme, mais pas de fond. Tommy le réalise tous les jours, lui qui doit abattre des cibles en ignorant les dommages collatéraux aussi bien que les criminels non désignés dont il observe les méfaits, totalement impuissant.

good kill

Le dernier jeu vidéo en date ? Non, la guerre nouvelle génération. Ca me rappelle que c'est en jouant aux jeux vidéo que j'ai appris le nom des armes à  feu. Oui, terrifiant quand on y réfléchit !

Ce n'est pas une guerre juste, c'est juste une guerre, scande son supérieur incarné parfaitement par Bruce Greenwood (I, Robot, Star Trek). Le Lieutenant Colonel Jack Johns est lucide et le discours qu'il sert régulièrement aux nouvelles recrues est le reflet de sa personnalité. Il n'essaie pas d'enjoliver les choses. Il s'en tient aux ordres, à la nécessité. Pour autant il sera le premier à être sensible aux doutes de Tommy dès lors qu'il sentira naître chez lui une remise en question.

Tommy s'exécute et exécute à priori sans l'ombre d'un état d'âme. Mais les situations auxquelles il va successivement devoir faire face vont finir par entamer son moral tout en titillant sa moralité. Surtout lorsque la CIA va chapeauter les opérations avec sa politique bien à elle.

Le film a le mérite d'exister, c'est indéniable. Comme Démineurs (c'est le même producteur !) il attire l'attention sur une fonction méconnue. En voir les coulisses est assez stupéfiant. Et révoltant.

good kill,drones de guerre

Tommy ne regarde plus le ciel de la même façon depuis qu'il pilote des drones. Ses scènes auprès de sa famille tranchent visuellement avec celles où il travaille. La rangée de pavillons où il vit semble être un vrai petit coin de paradis. Hélas illusoire. Car à la maison, l'attend une autre sorte d'affrontement avec sa femme Molly, incarnée par Januray Jones (Emma Frost dans X-Men Le Commencement), ignorante des activités de son époux par sa volonté de l'épargner.

On peut facilement parler de huit-clos tant l'action de Good Kill est cloisonnée. Le rythme est lent, les scènes volontairement répétitives bien que les cas de figure diffèrent. Pas un défaut en soi, loin de là, c'est le sujet qui veut ça. Il se dégage une froideur liée à la permanence des écrans qui sert efficacement le propos, mais qui le dessert peut-être aussi en même temps. Diversifier davantage les points de vue aurait pu être intéressant bien que moins immersif. Par exemple montrer les dommages collatéraux sur le terrain qui se révèlent invisibles aux yeux des pilotes de drones.

Le souci véritable c'est que Le Royaume de Peter Berg avait déjà brillamment illustré l'un des plus importants messages de Good Kill. L'intention d'Andrew Niccol est on ne peut plus claire. Peut-être trop. Le connaissant, on s'attendait à un peu plus de subtilité ce qui aurait donné plus d'impact (sans mauvais jeu de mot). L'émotion reste majoritairement en surface et lorsqu'à la fin il a la possibilité d'intensifier l'aspect dramatique de manière radicale, il fait un choix discutable, une concession très surprenante de sa part et qui hélas limite la portée de son oeuvre.

good kill

Vera Suarez (Zoë Kravitz également présente dans X-Men Le Commencement) est totalement dévouée à sa nouvelle fonction. Mais ce dont elle va être témoin en tant que femme va sérieusement ébranler sa motivation. La sensibilité de Tommy sera pour elle un vrai réconfort surtout quand ses autres collègues se révèleront aussi froids que des machines.

Même si Good Kill n'égale pas Lord of War en terme d'ampleur et de richesse, il annonce un retour probable du cinéaste sur les rails d'un cinéma autrement plus indispensable que ses dernières oeuvres. Et puis on est heureux de retrouver Ethan Hawke (ici dans un rôle très intériorisé) en tête d'affiche, lui qui avait récemment brillé dans Predestination et avait déjà collaboré avec succès avec Niccol sur Lord of War et surtout Bienvenue à Gattaca.

 

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