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mercredi, 14 juillet 2010

Angelina Jolie et moi [Nouvelles/Humouroïd]

 

Qui n’a jamais rêvé de plonger dans ses grands yeux clairs, si limpides, comme pour s’y purifier ?

Ou de s’échouer sur ses lèvres généreuses comme sur la plage la plus aphrodisiaque du monde ?

 

Ce jour-là, elle était à Paris.

Moi qui n’ai jamais l’occasion de m’y rendre, j’y étais aussi pour des raisons pour le moins étranges.

Quelques jours plus tôt, j’avais fait l’acquisition d’un médaillon en argent frappé d’étranges symboles évoquant une civilisation antique prolifique, maintenant disparue et réduite sans doute aujourd’hui à quelques ruines éparpillées.

Moi qui avais de gros soucis d’argent, je me voyais déjà troquer l’objet contre une belle quantité d’euros et renflouer ainsi un compte en banque aussi insubmersible que le Titanic.

Un ami m’avait recommandé un expert situé dans le 14ème arrondissement.

Seulement, l’adresse qui correspondait à son enseigne abritait en réalité un magasin de farces et attrapes.

Pour une farce, c’était une belle farce et je faisais un beau dindon. J’avais été bien attrapé en tout cas.

Je me rappelais alors le sourire espiègle de mon cousin en m’offrant le médaillon qui selon lui n’avait aucune valeur et celui de mon ami, s’extasiant à outrance sur les détails du pendentif en me donnant bien trop expressément les coordonnées d’un antiquaire soi-disant réputé.

Comment s’appelait-il déjà ce commerçant ? Monsieur Jérémie Largent de Paris.

En analysant ce pitoyable jeu de mots, tout devint clair. J’avais fait l’objet d’un stupide pari entre mon cousin et mon ami. Qui des deux avait gagné ? C’était bien là le dernier de mes soucis.

Poussant un juron qui choqua un teckel promenant une vieille dame, je décidai de rentrer chez moi sur le champ en élaborant sur mon siège de seconde classe, la plus froide des vengeances.

Et puis, je ne sais pour quelle raison, au moment de tourner les talons pour revenir à la gare, j’ai aperçu dans la vitrine de la boutique quelque chose qui m’a fait oublier mon infortune. Quelque chose qui m’a chuchoté à l’oreille que tout ceci avait réellement un sens et que j’étais sur le point de vivre l’aventure la plus mémorable de toute ma vie.

Car dans la vitrine de ce magasin de farces et attrapes, je ne vis rien de moins que le reflet d’Angelina Jolie.

Je la reconnus immédiatement, au premier coup d’œil. Malgré ses lunettes de star des sixties, son énorme chapeau à ruban, c’était bien elle. J’avais vu trop de ses films et de ses prestations à la télé américaine pour me laisser abuser par quelques accessoires.

J’avais un pouvoir capable de déjouer les stratagèmes les plus élaborés, capable de décrypter les codes les plus hermétiques : j’étais un fan !

Elle portait aussi une robe blanche, éclaboussée par un soleil estival, des chaussures à talon nacrées avec une pointe de bleu et un petit sac à main assorti.

J’avais rêvé cette scène des milliers de fois.

Je ne pouvais donc pas rester les bras croisés à la regarder bêtement s’éloigner. C’était une occasion en or, de celles qui n’ont aucune intention de se reproduire.

Incapable d’élaborer la moindre phrase de circonstance face à mon idole, je décidai de la suivre en espérant trouver en chemin la réplique idéale qui me rendrait instantanément irrésistible à ses yeux. En espérant surtout que la barrière de la langue n’en soit pas une. Mon anglais n’était pas mauvais, mais le sien ne devait pas l’être non plus.

J’étais donc là, en train de filer l’actrice la plus courtisée de la Voie Lactée, à aligner péniblement trois mots dignes de ce nom dans la langue de Shakespeare lorsque je la vis heurter au coin d’une rue deux touristes européens à en juger par leurs vêtements décontractés et leur charmant accent. Un long paquet contenant un bouquet de roses leur était tombé des mains. J’entendis Angie s’excuser et cette initiative ne fit que gonfler l’estime que j’avais déjà pour elle. La scène aurait pu se passer d’être commentée si au moment de ramasser ledit paquet, Angelina n’avait remarqué son contenu pour le moins insolite.

Et c’est alors que tout se passa extrêmement vite.

L’homme en chemise rayée et bermuda écossais beugla une sorte d’avertissement. Angie arracha le fusil à pompe de son enveloppe au milieu d’un magnifique envol de roses.

L’homme en profita pour pointer sur elle un pistolet-mitrailleur. Angie secoua doucement la tête. Son chapeau s’envola, permettant à ses longs et magnifiques cheveux châtains de se déverser et de fouetter au passage le visage bovin de son adversaire. Il tira avec une telle maladresse que sa rafale trouva le moyen de se loger dans le poteau du panneau sens interdit derrière lequel je m’étais réfugié et ce dans une flopée d’étincelles du plus bel effet.

De mon abri, je vis la touriste en combishort  kaki et casquette gavroche marmonner dans un micro lilliputien et dégainer un couteau de chasse.

- Angie, attention !

Sur le moment, j’ignore si elle m’entendit. Toujours est-il qu’elle prit le temps de sourire avant de soigner les caries du criminel au calibre 12. Elle prit sa paire de lunettes par une branche et l’envoya - d’un geste élégant, mais d’une précision redoutable – chausser le nez de la touriste qui s’en trouva toute penaude. Angie s’engagea avec elle dans un furieux corps à corps, parant la lame aiguisée avec le canon de son arme et frappant rageusement de la crosse.

Derrière mon poteau, je l’encourageai du mieux que je pouvais.

La touriste encaissa deux coups qui auraient décroché la mâchoire d’un boxeur poids lourd avant d’être aculée contre un réverbère. Angie récupéra ses lunettes et lui colla son fusil entre les seins. Avant de se raviser. Elle esquiva une dernière fois la lame vivace avant de tordre le bras de sa rivale avec son fusil, de récupérer son arme et de lui ouvrir une seconde bouche en travers du visage.

Comme toutes les roses n’avaient pas encore eu le temps de retomber, Angie en pêcha une au passage, qu’elle coupa avec les dents avant de la glisser dans ses cheveux. La seconde d’après, elle était de nouveau prête à en découdre, le fusil à pompe dans une main, le pistolet-mitrailleur dans l’autre et le couteau de chasse entre les dents.

Là, j’ai cru que ma mâchoire inférieure allait se faire la malle sur le trottoir.

Je l’entendis siffler ce qui eut le don de me ramener un peu à la réalité.

Je pensais qu’elle appelait un taxi, mais comme elle regardait avec insistance dans ma direction, je compris qu’elle s’adressait à moi. Je quittai ma cachette, complètement ankylosé. Je me mis à avancer vers elle, dans un état second, m’attendant à tout instant à entendre le réalisateur du film criez : « Coupez ! » ou plus encore la sonnerie de mon réveil pour m’annoncer que tout ceci n’était qu’un rêve.

Mais rien de tout cela ne se produisit. Je continuai à avancer vers Angelina Jolie si bien que je finis par me trouver face à elle, face à la légende vivante qu’elle incarnait pour moi depuis tant d’années.

Je ne vais pas me lancer une nouvelle fois dans un concert de louanges vantant sa plastique et plus particulièrement sa beauté féline.

Mais disons qu’à ce stade de l’aventure, ma mâchoire inférieure prit définitivement le large.

Angelina avait toujours le couteau entre les dents et pourtant je compris parfaitement ce qu’elle me dit. A l’école, j’avais dû prendre anglais avec option.

- Mets les vêtements du type !

Dans toute autre circonstance, j’aurais un peu fait la sourde oreille à ce genre d’invitation, mais là, on peut dire que c’était un cas de force majeure.

Chacun de notre côté, on a déplacé un cadavre jusqu’à un endroit plus discret et on a échangé nos vêtements avec celui du mort.

Non, je n’ai pas trop pris le temps de mâter la belle Angelina en sous-vêtements. Je voulais tellement pas la décevoir que j’ai enfilé consciencieusement la chemise à rayures et le bermuda écossais en serrant ma ceinture au maximum pour ne pas qu’il me tombe sur les chevilles. J’ai retrouvé Angie en combishort kaki, la tête enjolivée d’une casquette gavroche.

Elle était ravissante évidemment. Tout lui allait. Comme si les habits eux-mêmes savaient à qui ils avaient affaire et qu’ils se mettaient en devoir de s’adapter à ses courbes personnelles.

J’ai mieux compris pourquoi elle avait évité de mettre du sang sur les fringues des pseudos touristes au moment de les achever. Manifestement, elle avait prévu depuis un certain temps qu’on allait prendre leur place.

Comme pour confirmer son plan, une Mercedes noire s’est arrêtée à notre hauteur. Une vitre teintée s’est baissée. Angie m’a balancé le pistolet-mitrailleur - que j’ai rattrapé de justesse – avant de dire quelque chose dans la langue des touristes. De l’espagnol ou de l’italien peut-être, j’ai toujours confondu les deux. Elle a dû dire un truc gentil au chauffeur ou mentionné un code ultra secret car la portière s’est ouverte et moins d’une minute après, on était sur la banquette arrière en route vers une destination totalement inconnue.

Je n’avais guère le temps de me remettre de mes émotions. Je transpirais, mais j’espérais qu’Angelina ne le remarquerait pas. Ca ferait tache, c’était le moins qu’on puisse dire. Et puis on devait passer pour des terroristes professionnels quand même !

Une seconde, là ! Qu’est-ce que je viens de dire ? Des terroristes professionnels ???

Bon après tout, j’étais avec la femme de ma vie. Cela méritait bien quelques désagréments.

- Au fait, me dit-elle du ton le plus badin qui soit, je ne t’ai pas remercié quand tu m’as prévenue tout à l’heure.

Et là, je peux vous dire que j’étais prêt à jouer mon rôle de terroriste professionnel à la perfection car en guise de remerciement Angie m’a carrément embrassé sur la bouche.

Oui avec sa bouche ! Un vrai goût de paradis...

Je commençais à peine à planer lorsque la voiture s’est arrêtée. J’ai laissé ma compagne faire la discussion et régler la course et l’instant d’après on se retrouvait devant les portes d’un restaurant quatre étoiles. Là-dessus, Angelina m’a regardé droit dans les yeux :

- T’as faim ? Moi, je mangerai une vache !

Sa réplique n’avait rien d’extraordinaire, j’en conviens, mais parce que c’était elle et parce que c’était moi, j’ai cru qu’elle m’avait récité un poème. J’ai bien failli m’évanouir. Je n’étais guère habitué à vivre autant d’émotions en si peu de temps. Je me sentais comme vidé.

Manger un peu allait sûrement me faire le plus grand bien, pensai-je naïvement.

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Angelina aimait le bon vin français. Je ne buvais pas une goutte d’alcool.

On était fait pour s’entendre.

- Trinquons, dit-elle, en levant son verre dans un grand déballage d’émail.

En un éclair, j’avais rempli le mien et je faisais tinter le cristal en m’émerveillant de son éclat dans les yeux de ma compagne.

- A Paris, la Capitale de l’Amour et des amoureux !

J’avais parlé sans m’en rendre compte et de la même manière je vidai mon verre d’un trait.

J’ignore si cela vint de ma formule ou du fait que je faillis m’étrangler, mais Angie s’esclaffa. Et maintenant que j’ai eu la chance de l’entendre, je peux vous assurer que le rire d’Angelina Jolie est certainement le remède à 99% des problèmes dans le monde.

Note : Un peu travaillé, il pourrait même certainement guérir le cancer. Je ne manquerai pas de me pencher sérieusement sur la question si jamais je sors vivant de cette aventure !

- Dire que je suis ici, avec vous, simplement à cause de ça.

Tout en disant cela, j’exhibai le médaillon si généreusement offert par mon cousin. En pensant à lui et à mon ami se moquant de moi, j’eus soudain très envie de les appeler pour leur raconter dans quelle exquise galère j’étais embarqué grâce à leur méchanceté. Mais je craignais trop que dans ce cas ils s’attribuent le mérite – même accidentel – de ma rencontre miraculeuse avec…

Angelina m’arracha littéralement le médaillon des mains. Nos doigts se touchèrent l’espace d’un instant et mon cœur entonna la Marseillaise.

- Mon dieu, mais c’est le médaillon de Tankpur Jilah ! Je reconnais les symboles !

Comme ma mâchoire inférieure était aux abonnées absentes, mes yeux décidèrent de prendre le relais et exprimèrent à leur tour le besoin de s’extirper de mon visage, l’air de rien.

- Quoi ?

Ma compagne étudiait l’objet avec une telle passion que je le jalousais.

- C’est un véritable artefact. Selon la légende, il possèderait des pouvoirs incommensurables. Mais uniquement dans la main de l’élu.

- On joue dans le prochain Tomb Raider, c’est ça ?

Elle me fixa, éberluée. Je compris que j’avais dit une idiotie.

- Ah, non, c’est une nouvelle série !

Nouveau regard appuyé de l’intéressée.

Elle colla alors le médaillon sur mon front et attendit une réaction.

- Il faut que je sache si c’est toi.

Malgré son sérieux à elle et tout ce qui m’était arrivé auparavant, je n’arrivais pas accrocher à cette histoire d’élu et de pouvoirs mystiques. Ca devenait trop ambitieux. J’ai toujours aimé cultiver mon imagination, mais elle-même commençait à y perdre son latin.

- Pourquoi tu me demandes pas plutôt de tirer sur les ailes d’une mouche, comme dans Wanted ?

Sa gifle eut le don de me ramener dans sa réalité à elle.

Je préférais son baiser, mais ça restait quand même un contact privilégié avec mon idole.

- Comment as-tu pu entrer en possession d’un objet aussi précieux si tu n’es pas l’élu ?

- Et bien, en fait, c’est mon cou…

Je m’interrompis à temps. Comment aurais-je pu introduire dans une conversation avec Angelina Jolie mon enfoiré de cousin, collectionneur d’oiseaux morts et de paris débiles ? Non, je pouvais faire mieux que ça. Je me décontractai et produisis un sourire étudié :

- C’est mon courage qui m’a entraîné sur la piste d’un ami archéologue…

Nouvelle gifle. Contact très rapproché. Très privilégié.

Je stoppai un saignement de nez avec un mouchoir brodé à mes initiales.

- T’as la main dure, Angie ! Je ne suis pas de taille pour cette opération, je crois. Pourquoi tu m’as emmené avec toi ?

Oui, je me suis permis de la tutoyer. L’avantage, c’est que comme on parlait en anglais, elle y a vu que du feu.

- Je t’avais repéré devant cette boutique. Mon associé s’est fait liquidé dans l’avion il y a tout juste deux heures. Il me fallait un complice. Tu tombais à pic. D’autres questions, chéri ?

- Chéri ?

Quelque chose détourna son attention. Elle fixa la harpiste qui somnolait sur son instrument.

- Ne bouge pas.

Elle quitta la table et c’est alors seulement que je remarquai la fascination des autres clients et leurs regards envieux. Nous constituions sans aucun doute, Angie et moi, un couple hors norme. Et vous savez quoi ? Ca me plaisait énormément.

Quand je reportai mon attention vers la harpiste, elle semblait avoir changé d’attitude. Ses doigts couraient avec plus de conviction sur les cordes et son corps lui-même dansait souplement au rythme de plus en plus rapide qu’elle imprimait à son instrument.

Et puis, une nouvelle fois, la réalité se plia à d’autres convenances.

La harpe se mit à faire un bruit de guitare électrique et voilà que la harpiste apparut sous les traits de mon Angelina qui avait profité de ma brève distraction pour prendre discrètement la place de la musicienne.

Elle se lança dans un solo dément qui laissa l’assistance sur le cul. Moi-même, je fus subjugué par cette improvisation rocambolesque.

Une première corde finit par casser et vola à travers le restaurant. Avant de sectionner la carotide d’un quinquagénaire qui aromatisa ses spaghettis de son sang. Sa femme hurla évidemment, bientôt imitée par toute l’assemblée.

- Couche-toi sous la table ! cria Angie par-dessus le vacarme naissant.

J’obéis avec une hâte admirable. Seulement au lieu de trouver  un refuge confortable sous la table en question, je trouvai deux  pistolets-mitrailleurs à mon intention.

Et la voix de ma partenaire – parfaitement synchro – m’ordonna :

- Tue-les tous !

Ok, Angie, c’est bien parce que c’est toi !

Je m’emparai des deux armes et soulevai la table. Me dressant alors comme un improbable ange de la mort – en chemise à rayures et bermuda écossais, je le rappelle pour les deux du fond - j’ouvrai le feu sur les clients attablés avec une incroyable absence de scrupules, échangeant entre deux rafales mortelles un clin d’œil complice avec mon adorée qui de son côté décapitait à merveille avec les cordes de sa harpe.

Le restaurant ne tarda pas à prendre des allures de Colisée romain.

Bien sûr il y eut bien quelques clients réfractaires au massacre savamment orchestré et qui nous défièrent avec moult lancers de fourchettes et de couteaux. Mais Angelina et moi on était réglé comme du papier à musique.

A un moment bien précis, je me souviens qu’Angie lâcha une nouvelle corde qui explosa une bouteille de vin. Les fragments de verre ne trouvèrent rien de mieux à faire que s’éparpiller sur le visage d’un malotru avec une précision chirurgicale.

- Mince, fit Angie, mon millésime préféré !

Perturbé par sa déveine, elle ne vit pas la femme aux allures de vieille baronne lui lancer une paire de baguettes chinoises avec une rage débridée. Heureusement, je veillai au grain. D’une seule rafale,  je réduisais les projectiles en miettes et déridais la vilaine.

Et puis comme il n’y avait plus personne à tuer, le silence s’est pointé à la fin du spectacle, l’air de rien. Nous, on l’a laissé s’installer et passer commande. On s’est regardé avec un sourire, ravageur de son côté, un peu béat du mien. Elle m’a lancé un baiser, sans doute pour me remercier de l’avoir sauvée et la table que j’avais soulevée en prenant mes armes a choisi ce moment là pour me retomber dessus. Putain de gravité !

- Tu es peut-être l’élu, finalement !

Fut la dernière chose que j’entendis avant le fondu au noir.

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Plus tard – c’est-à-dire une fois sorti des vaps - on a loué une moto japonaise rouge sang à un type un peu louche qu’elle semblait connaître et qui louchait justement. Elle l’a appelé Tonton. Sûrement un nom de code. On en a aussi profité pour changer de fringues dans des cabines téléphoniques modifiées en cabines d’essayage. Le Tonton en question devait être un sacré bricoleur à ses heures perdues. En me regardant dans le miroir, je me reconnus tout en me trouvant quelque chose de changé. J’aurais bien été incapable de dire quoi sur le moment. Mais rien que l’idée me plaisait assez.

Cette expérience avec une véritable icône du septième art que j’idolâtrais depuis longtemps était en train de me transformer. Cétait pas trop tôt. J’allais peut-être enfin avoir ma revanche sur cette merde empaquetée dans du velours que j’appelais ma vie jusqu’à ce jour.

On ressortit de la cabine, vêtus tous les deux d’un jean et d’un débardeur. Je lui souris machinalement. Elle esquissa une moue de satisfaction en me jaugeant des pieds à la tête.

Si c’était vraiment qu’un putain de rêve de plus, celui qui allait me réveiller aller passer le pire moment de sa vie. J’espérais alors profondément que ce serait mon enfoiré de cousin.

 

Une minute plus tard, j’étais derrière Angie qui pilotait avec une main et se remaquillait un peu de l’autre.

L’adrénaline commençait à retomber et je réalisai dans quelle merde je venais de me mettre rien que pour ses yeux.

- Dis-moi, je peux savoir pourquoi j’ai abattu de sang-froid une trentaine de personnes ?

- C’est top secret ! dit-elle en pensant que j’allais me contenter de ça.

En même temps, je n’avais pas trop le choix. Si ?

- Je travaille avec toi, non ? Tu pourrais quand même me mettre au parfum !

Ouais, vous avez raison, c’est mieux comme ça. Faudrait pas non plus que je passe pour le dernier des guignols.

Je vis son expression amusée dans le rétroviseur.

- T’es mignon quand tu es en colère.

Bah, oui, qu’est-ce que vous voulez ? Quand elle ne disait rien elle était déjà très charismatique, alors imaginez lorsqu’elle me faisait un tel compliment…

Je me sentis rougir jusqu’à la racine des cheveux.

Elle accéléra. Mon visage se noya dans la jungle de ses cheveux. Ils sentaient très bon. Ca ne vous surprend pas, j’imagine.

- C’est quoi le programme, maintenant ? Saut à l’élastique depuis la Tour Eiffel, fouilles archéologiques au Père-Lachaise ?

Le moteur de la moto baissa d’un ton pour que je puisse entendre Angie éclater de rire.

Je vous ai déjà parlé de son rire, je crois, non ? N’hésitez pas à me demander, sinon. Ce serait vraiment trop bête de passer à côté de ce genre de détails.

- C’est tentant, mais non, répondit-elle. Maintenant que nous avons rempli le contrat du restaurant, on doit se rendre à une importante entrevue. Si tout se passe bien, on nous conduira à l’homme que je recherche.

- On fait tout ça pour que tu liquides un grand méchant, c’est ça ?

- C’est ça ! C’est le seul moyen de l’approcher.

- Et qui c’est ce type ?

Oui, j’essayais de me prendre au jeu, qu’est-ce que vous voulez ?

- C’est un chef terroriste. Il est responsable de plusieurs attentats aux Etats-Unis. Depuis quelques temps il a jeté son dévolu sur ton pays.

Je déglutis.

- Il projette quelque chose sur Paris ?

- Précisément.

Comme s’il avait deviné que c’était la fin de la conversation, le moteur de la moto ronronna de plus belle tandis que nous nous élancions à travers un réseau d’étroites ruelles. J’en profitai pour enserrer plus étroitement la taille d’Angie en m’enivrant de son parfum. On aurait dit qu’elle sortait de la douche.

 

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podcast

 

Elle m’avait forcé à la seconder dans un véritable bain de sang et pourtant je la voyais toujours comme une déesse. Pure et rayonnante derrière ses instincts les plus guerriers.

Je crois que ma dévotion pour elle est tout simplement incurable.

Plus tard, nous longeâmes les bords de la Seine. Elle me demanda :

- Tu connais Paris ?

J’aurais voulu lui mentir, mais je sus intuitivement que cela ne servirait à rien. Et puis je l’estimai trop pour la tromper.

- Sûrement moins que toi !

- Dommage.

- Pourquoi ?

- On est suivi.

Je tordis le cou, assez pour voir du coin de l’œil rien moins que quatre Mercedes noires s’approprier la route derrière nous à grands coups de pare-choc.

- C’est peut-être un rallye ? lançai-je sans aucun espoir.

Le fait qu’elle accélérât davantage m’encouragea vivement à me débarrasser de ce genre de réplique à la con.

- Prends ma place !

J’avais à peine saisi l’idée que d’un mouvement souple, mais ferme de son corps athlétique elle m’envoyait sur le siège du pilote et se propulsait sur la plus proche des Mercedes.

Les rétros de la moto étaient d’un type révolutionnaire. J’y voyais aussi bien que sur un écran géant. Tonton était vraiment un pro dans son domaine.

Je la vis atterrir sur le capot de la voiture et y planter la lame d’un sabre pour s’y accrocher, tout en arrosant copieusement l’intérieur de la caisse de son pistolet-mitrailleur. Elle sauta juste à temps avant que la Mercedes privée de pilote ne se lance dans un concours de tonneaux. Je jurai. Cette salope de gravité savait bien se faire oublier quand elle le voulait.

Je ne perdais pas une miette de l’action. Mon héroïne retomba sur la voiture suivante tandis que les deux autres ouvraient le feu sur elle, chacune d’un côté. Là, je sentis un frisson me parcourir à la pensée qu’elle se retrouve sans issue. Mais c’était mal connaître mon Angie.

Elle s’incrusta dans la voiture en se balançant à travers le pare-brise. Là, malgré mon super rétro, je fus bien incapable de voir ce qui se passa. Mais moins d’une minute après, je la vis ressortir par le toit ouvrant telle une panthère en chasse, la lame rougie et le regard fiévreux. Elle était comme habitée. Même sa chevelure semblait animée d’une vie propre.

Le crépitement des balles ennemies lui fit quitter sa brève inertie. Elle bondit à nouveau, laissant le véhicule s’encastrer violemment sous la citerne d’un poids lourd qui avait jugé bon de déraper, histoire de rendre la scène plus spectaculaire.

La citerne explosa et les restes carbonisés de la Mercedes se mirent à pleuvoir sur la route. Tandis que je slalomais pour éviter un décès prématuré, je vis ma partenaire - suspendue en plein vol dans un superbe ralenti - trancher de sa lame effilée une roue enflammée filant droit sur elle tel un météore. Puis elle disparut dans la troisième voiture.

Je poussai un nouveau juron. Elle était en train de se taper tout le boulot. On était associé, non ? Vous serez donc tous d’accord pour dire qu’il était grand temps que je passe à l’action.

Ni une, ni deux, je décélérai pour arriver à la hauteur de l’autre voiture hérissée de canons d’armes de tout acabit. Ou les mecs avaient appris à viser en buvant de la vodka ou j’étais un second rôle plus important que ce que je croyais. Car aucune balle ne vint – même fortuitement – me trouer la peau. Le souci, c’est qu’à ce moment-là je me suis rendu compte que je n’avais aucune arme sur moi. Mais croyez-le ou non j’avais tellement foi en moi que ça m’a pas fait suer une goutte. Y avait un bouton rouge près du compteur de vitesse. J’ai écrasé mon poing dessus comme si j’avais lu le scénario à l’avance. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Sauf que ce ne fut pas celui que j’attendais. Un petit con avait dû trouver marrant de réécrire le script au dernier moment.

J’ai filé plein gaz dans un sublime effet de lumière généré par la nitro. C’était bien beau, mais c’était pas ça qui allait aider ma partenaire.

J’ai freiné à mort en jetant un coup d’œil dans mon rétro 16/9 ème. Ce que j’y ai vu m’a littéralement glacé le sang : le buste d’Angie sortait du toit ouvrant de la Mercedes. Elle était aux prises avec un colosse en smoking qui écrasait sa gorge divine malgré le sabre qu’elle lui avait passé au travers du corps.

En même temps que cette vision d’horreur, j’en vis une seconde : l’autre Mercedes se rapprochant dangereusement, avec à bord son lot de tueurs armés jusqu’aux dents qui pointaient leurs flingues sur ma belle sans la moindre once de pitié.

Mon sang ne fit qu’un tour.

Presque sans y réfléchir, je serrai le médaillon dans mon poing et levant les bras au ciel, je hurlai toute ma colère et ma frustration. Quelqu’un de très haut placé dut m’entendre car là aussi le résultat ne traîna pas.

Je m’envolai littéralement au-dessus de la route, abandonnant une moto sans doute faite pour le Guinness des Records, et la rage au cœur, je fonçai comme un kamikaze sur les deux voitures dans un déluge d’éclairs. C’était comme si ma légendaire poisse se transformait et se révélait être tout à coup une arme à double tranchant. Et autant vous dire, qu’il s’agissait cette fois du bon tranchant, de celui qui vous coupe un pépin de pomme en parts égales, à 300 kilomètres de distance, malgré un brouillard épais et un vent à décorner un cocu récidiviste.

J’étais entré dans un état de capacité qui me paraissait infini. Superman m’aurait proposé une marelle que j’aurais accepté sans hésiter, persuadé de lui mettre une toise.

La première Mercedes en fit les frais. A peine l’effleurai-je qu’elle se décomposa autour de moi dans un ballet vertigineux de pièces mécaniques et d’organes humains.

Mon pouvoir était pratique à plus d’un titre. Il m’empêcha aussi d’avoir la gerbe.

Pour la dernière voiture, c’était déjà plus délicat. Angie était à bord, je ne pouvais donc me permettre de la jouer aussi bourrin.

Elle était au bord de l’asphyxie et pourtant, la tête renversée en arrière, elle m’a regardé droit dans les yeux. Je n’oublierai jamais son regard, ni ce qui s’est passé après d’ailleurs.

J’ai concentré mon attention sur le sabre et comme un toutou fidèle, il a répondu illico à mon appel. Il a improvisé une petite chorégraphie qui a réduit le colosse en apéricubes. J’ai pris Angie dans mes bras. Un type qu’elle n’avait pas complètement dessoudé lui a saisi les chevilles. Il aurait été préférable qu’il fasse le mort car deux secondes après, la Mercedes et lui étaient indissociables dans un nuage de cendres.

Je m’envolai loin au-dessus de la route tout en guettant une réaction positive dans les yeux de ma dulcinée. Elle ne tarda pas. L’énergie que je générai autour de moi la réanima en un temps record (Appelez aussi le Guinness pour ça !)

Planant dans les cieux étoilés – oui pour cette scène c’est mieux qu’il fasse nuit - je me sentais enfin son égal, à la fois dieu et ange.

Je me posai sur un monument très bien éclairé qu’on appelle communément Tour Eiffel.

Perché dans sa superstructure métallique, à l’abri des regards indiscrets et des paparazzi, j’ai embrassé Angie avant de perdre mon pouvoir. La pleine lune nous épiait, tentant vainement de me faire de l’ombre. Alors seulement, la bouche mythologique d’Angelina Jolie s’est ouverte rien que pour moi et elle m’a dit dans un murmure ensorceleur :

- Dépose-nous dans un hôtel à l’écart de la ville. Le plus miteux fera l’affaire.

Elle m’aurait dit que j’étais l’homme de sa vie que cela ne m’aurait pas fait plus d’effet.

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Comme j’avais pas un rond et qu’Angie était un peu à l’ouest, j’ai pas perdu le nord et je suis rentré par effraction dans une chambre.

Bon, c’est vrai que le fait qu’il n’y avait qu’un seul lit a dû influencer mon choix. Mais mettez-vous deux secondes à ma place.  

Je l’ai allongée et une fois assuré qu’elle allait bien, j’ai enfin relâchai le médaillon dans ma main. Je l’avais serré si fort que les symboles à sa surface étaient gravés dans ma paume comme dans Les Aventuriers de l’Arche Perdue.

- C’est donc vraiment toi, l’Elu.

Angie m’observait avec un intérêt nouveau. Cette fois, c’est le médaillon qui m’envia.

Je me suis assis à son chevet  et lui ai caressé les cheveux avec une tendresse que je réserve habituellement à mon chat. Son côté félin apprécia sûrement.

- Je ne comprends pas, dis-je plus troublé que je ne voulais le lui montrer. Je croyais qu’ils m’avaient fait une blague, que ce…machin était un bibelot sans valeur.

- Sans valeur pour ceux qui ne le connaissent pas. Cet objet te recherchait. Tu es son porteur. C’est lui qui t’a trouvé. Ceux qui te l’ont refilé ne sont que des instruments du destin.

Je méditai ces paroles en mimant Le Penseur de Rodin à la perfection.

- Il y a autre chose que je ne saisis pas et je pense que tu pourras m’éclairer. Les voitures qui nous ont attaqué étaient des Mercedes tout comme la voiture qui nous a conduit au restaurant. Pourtant ce sont deux camps opposés. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Elle soupira d’un air las comme si on lui avait déjà posé cette question des milliers de fois.

- C’est plus facile de reconnaître les méchants comme ça.

Je grimaçai.

- Sérieusement !

Elle haussa les épaules.

- Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Que les Mercedes sont très prisées à Paris ou que l’intrigue est plus complexe que tu ne l’imagines ?

- J’avoue que je préfère la première solution.

- Il y a autre chose que tu veux savoir ?

Elle se mit à caresser le dessus de lit avec ses pieds nus. C’était si sensuel que mes yeux ont dansé la polka autour de ses orteils avant de rentrer chez eux.

- Euh…Je… Non, enfin, si ! Tous ces gens qu’on a tués dans le restaurant. Est-ce qu’ils étaient tous innocents ?

Elle posa sur moi un regard empli de compassion.

- Ca soulagerait un peu ta conscience si je te disais qu’ils valaient pas mieux que ceux qui nous emploient actuellement ?

Je méditai à nouveau, mais pas très longtemps.

- Bah oui, quand même.

- Alors sois rassuré, dit-elle en se levant et en se dirigeant vers la porte. C’était tous des salauds de la pire espèce. Un club de  terroristes ennemis, si tu préfères.

- Où vas-tu ?

Elle continua de marcher.

- Je vais ouvrir la porte.

J’avais dû rater une ligne dans le scénario ou alors c’était encore ce petit con qui…

- Mais personne n’a…

Trois coups résonnèrent.

- Tu disais ?

Elle ouvrit la porte pendant que j’essayais péniblement de mettre de l’ordre dans le bordel qui me tenait lieu de cerveau.

« Un médaillon magique qui ne devait pas l’être. Je suis avec Angelina Jolie. Des terroristes à Paris qui préparent un sale coup. D’autres terroristes qu’on a mis hors d’état de nuire pour leur compte. Je suis avec Angelina Jolie. Une entrevue prévue avec un chef terroriste. Je suis l’Elu, j’ai des putains de pouvoir quand j’ai le médaillon et que j’ai la haine. Je suis avec Angelina Jolie. »

Oui, pour une sacrée journée, c’était une sacrée journée. Je pouvais mourir heureux. La femme de mes rêves m’avait embrassé, je l’avais embrassée. On était comme les deux doigts de la main et les péripéties qui nous attendaient en file indienne à la sortie de l’hôtel me disaient que c’était pas près de changer.

J’en étais à ce stade de mes réflexions lorsque je reconnus Tonton par l’entrebâillement de la porte. Il parlait avec les mains à ma partenaire. Je n’entendis pas ce qu’ils se disaient, mais je le vis lui remettre une valise. Ses yeux qui louchaient me regardèrent de travers et il s’éclipsa dans le couloir sans un mot.

- Quand est-ce que tu l’as appelé ? Je t’ai pas quitté des yeux d’une semelle.

Elle m’adressa un sourire reconnaissant et amusé. Mais surtout amusé.

- Pendant que je me battais dans une des Mercedes. J’ai eu un créneau de quelques secondes. J’en ai profité.

- Sérieux ?

Angie ferma la porte et posa la valise sur le lit. Son visage s’était fermé aussi. Elle était revenue de ses émotions. Elle assimilait plus vite que moi. Le bénéfice de l’expérience.

- Un nouveau gadget ? hasardai-je avec entrain.

Elle composa le code d’ouverture à la vitesse de la lumière. Le couvercle bascula et deux serpents se mirent au garde-à-vous. C’est la première fois que j’en voyais d’aussi près. Je compris pourquoi ils avaient si mauvaise réputation. J’ai serré le médaillon dans ma main pour me redonner du courage, mais j’avais pas le feeling qui allait avec visiblement car je sentais que j’allais pas tarder à me pisser dessus.

- Dis-moi, ton oncle se serait pas gourré de valise, par hasard ?

Au lieu de me répondre, Angie émit un bref sifflement. Non, c’était toujours pas pour appeler un taxi. En un éclair, les deux serpents se lovèrent autour de ses avant-bras. Ils dodelinèrent de la tête, comme dans l’attente d’une foudroyante attaque.

- Le meilleur gadget qui soit, dit-elle finalement en contemplant les deux reptiles avec une fascination que je ne parvenais pas à partager.

- Tu peux les contrôler ?

Mon admiration essayait d’être convaincante, mais ma peur lui faisait les gros yeux.

La seconde d’après, les deux serpents me chopaient les paupières.

Je me mis à gesticuler comme si j’étais passé en mode vibreur.

- Putain, mais qu’est-ce que tu fous, Angie ? Merde, mais ça fait un mal de chien !

Evidemment, elle resta super calme.

- Bien sûr que non. Tu es l’Elu et tu as le médaillon.

Je me rendis compte que c’était vrai.

- Ah, oui.

Les deux serpents pendaient devant ma figure comme des guirlandes de mauvais goût : c’était quand même suffisant pour me contrarier.

- Tu pourrais les enlever, s’il te plaît ?

Nouveau sifflement. Les deux serpents reprirent machinalement leur position tels des bracelets vivants.

Angie se fendit d’un de ces sourires de reine dont elle avait le secret et qui faisait qu’on pouvait tout lui pardonner.

- Avec ça, on va éliminer la garde rapprochée de notre cible en silence et en douceur.

- Je croyais qu’on devait obtenir un rendez-vous avec lui ?

- C’est ce qui est prévu. On a rencard demain matin dans un château à quelques kilomètres d’ici. Mais les choses peuvent mal tourner. Je préfère me préparer à toute éventualité.

Je regardai les deux reptiles en leur cherchant des qualités. J’y parvins.

- Au moins, ces armes passeront sans problème aux détecteurs de métal. Mais, dis-moi, comment tu fais pour les contrôler ? C’est de la télépathie ou…

Au point où j’en étais, je crois que j’étais prêt à tout entendre. La réponse fut plus sensée que ce à quoi je m’attendais.

- Ils sentent mon pouls. C’est comme un langage pour eux. Il me suffit d’augmenter mon rythme cardiaque pour qu’ils comprennent qu’ils doivent passer à l’attaque.

- Fascinant.

J’étais sincère.

Angie approcha l’un des serpents de mon visage.

- Tu veux essayer ?

- Sans façon.

Là aussi, j’étais sincère.

- Dis, t’aurais pas plutôt envie de dormir un peu au lieu de jouer avec tes deux affreux, là ?

C’est là qu’elle prit véritablement conscience de l’ameublement sommaire de la pièce.

- Pourquoi tu as pris une chambre avec un seul lit ?

Je déglutis.

- Les autres étaient occupées.

Evidemment je mentis très mal.

Evidemment elle s’en amusa.

Quand je vous disais qu’on était fait l’un pour l’autre.

Est-ce que c’est utile que je dise que j’ai gerbé à ce moment-là ?

Vous avez raison, ça ferait vraiment tache.

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Comme on avait un peu la dalle et que j’avais toujours rien de valeur dans les poches – à part le médaillon et mon trajet retour pour ma province natale - on commanda des pizzas qu’on paya avec un sourire d’Angie. Le jeune en scooter qui nous livra était tellement hypnotisé qu’il nous rendit même la monnaie.

 
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Enfin un peu d’argent qui rentrait ! En cas de coup dur, ça pourrait toujours servir.

Pendant qu’elle finissait de manger sa quatre fromages, j’ai pris une douche, histoire de me décrasser et surtout de me laver du sang du restaurant. Bah, oui, j’avais beau avoir des circonstances atténuantes et un bon alibi, j’arrivais toujours pas à m’en remettre.

Quand je suis sorti de la salle de bains, Angie regardait les infos à la télé. On devait sans doute parler de nous vu le nombre de cadavres et le bordel qu’on avait laissé derrière nous. Heureusement, les témoins – s’il y en avait eu – avaient dû trouver mieux à faire que de nous balancer car nos tronches n’ont pas été diffusées. Même pas une vague description.

Quand elle a éteint le poste, j’ai regardé Angie avec un air triste qui la surprit.

- Désolé, Angie. Y a plus d’eau chaude. J’ai vraiment pris un hôtel pourri.

Elle sourit.

- C’est pas grave. J’ai tellement chaud qu’un bon bain froid me fera le plus grand bien. Tu as l’air vanné, tu devrais dormir maintenant. On va se lever de bonne heure.

- Excellent conseil, dis-je en évitant, sans succès, d’imaginer son corps nu dans la baignoire.

J’avais remis mes fringues sales. J’ai pas osé me déshabiller devant elle. J’ai attendu qu’elle soit dans la salle de bains et je me suis glissé dans le lit en sous-vêtements.

Dieu sait si j’avais rêvé d’un moment pareil. En arrivant à l’hôtel, quand j’ai compris qu’il pouvait enfin se réaliser, j’ai exploité le filon à mort.

Seulement, maintenant que je le voyais se profiler à l’horizon, bah, comment dire… J’avais les fesses qui faisaient bravo. Le constat était navrant.

Après tout ce que j’avais vécu, j’aurais dû être en mesure de vivre pleinement une situation pareille. J’étais un homme, merde ! Mieux que ça, j’étais l’Elu, putain !

Heureusement, en pensant à ça, une idée géniale m’a traversé l’esprit.

Au moment où je me suis penché pour choper le médaillon dans ma poche de jean, Angelina Jolie est sortie de la salle de bains.

Là, mes yeux m’ont définitivement abandonné. Et comme mon nez n’a jamais été très expressif, un organe qui jusque-là s’était fait plutôt discret s’est mis à sortir le grand jeu.

 

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Je ne vous ferai pas l’affront de préciser lequel.

Angie était sertie dans une serviette blanche qui avait comme rétréci au lavage et qui du coup cachait juste ce qu’il fallait en laissant deviner juste ce qu’il faut.

J’ai laissé tomber mon jean et je me suis raidi sous les draps comme une momie dans son sarcophage. J’ai tout de suite voulu détendre l’atmosphère à la demande générale de moi-même, mais tout ce qui sortit de ma bouche fut un bruit qui ressemblait à ça :  

 


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En moins évident.

Angie traversa mon champ de vision. Elle n’avait pourtant que quelques mètres à faire, mais le temps – qui comme la gravité a lui aussi son petit caractère – décida qu’il n’y avait pas le feu au lac. Au lac peut-être pas, mais du côté de mon bas-ventre, ça donnait à peu près ça :

 


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Comme j’avais pas de canadair à portée de main, j’ai serré les jambes pour étouffer l’incendie. Quand Angie s’est installée à coté de moi, elle a gardé la serviette sur elle. Mais c’était une maigre compensation, car comme ce coup-ci elle sortait vraiment de la douche, elle sentait encore plus bon qu’auparavant. Un mélange de senteurs exotiques avec une pointe de santal dominante qui eut le don de réveiller mon nez en sursaut. Du coup, question expression corporelle, il prit un peu la relève, ce qui atténua le brasier sous mon caleçon.

J’avais bien fait les choses. Le lit était vraiment petit et même en voulant préserver une intimité naturelle, Angelina Jolie me touchait d’un peu trop près, je dois dire.

Quoi, c’est encore moi qui viens de dire un truc pareil ?!!

Fallait que je me ressaisisse. Et vite ! Le problème c’est que je ne savais pas précisément en quoi ça consistait. Dans le doute, j’ai fait le mort. Enfin, la majorité de mon corps l’a fait. Car il y avait toujours un irréductible menhir gaulois qui se dressait contre l’envahissante pudeur qui me caractérisait.

Au bout de quelques minutes, comme il ne se passait rien, la tension est retombée. Et avec elle mon ardente passion pour les courbes féminines d’Angie.

J’ai alors commencé à me dire que c’était plutôt bien. Je passais pas pour un salaud et elle pour une fille facile. Notre première nuit ensemble se devait d’être fidèle à l’image que j’avais d’elle et de moi séparément. Un modèle de…

 

 


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Si vous venez d’entendre le son caractéristique d’un vinyle qui dérape, c’est normal.

 

- Dis-moi, Angie, t’as pensé à enlever tes serpents pour dormir ?

- Pourquoi ?

- Je crois qu’il y en a un qui est en train de ramper sur ma cuisse.

Elle produisit un reniflement ambigu.

- Si je te disais que c’est seulement ma main, ça te rassurerait ?

Bizarrement, j’avais tellement la trouille que j’aurais préféré que ce soit le serpent.

Elle dût lire dans mes pensées car elle ajouta :

- Je peux la retirer si tu préfères ?

Là, elle jouait un peu avec le feu pour employer une métaphore facile.

- Euh, non ça va, c’est juste que…

L’incendie s’est rallumé de plus belle et le menhir s’est redressé comme un super conquérant.

(Non, rien à voir avec le cahier !)

Les mots qui m’avaient tant trahi jusque-là ont fini par venir en renfort. C’était moins une.

- Tu sais pourquoi on s’entend si bien, Angie ? C’est parce que malgré tout ce qui peut nous séparer, je crois que foncièrement on est fait du même bois, toi et moi. J’ai toujours été borderline, je veux dire, intérieurement. Pas d’histoire d’alcool, de drogue, de sexe ou de violence. Simplement, un rapport conflictuel permanent avec l’existence en général. Une sorte de « Je t’aime, moi non plus », si tu vois ce que je veux dire. Tu comprends, Angie, depuis que je t’ai rencontrée, c’est comme si je pouvais enfin faire un pied de nez à la réalité. Et ça, pour moi, ça vaut tout l’or du…

 


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Bah, oui, ça s’est terminé comme ça. Elle s’est endormie et j’ai fini par en faire autant. En même temps, on avait bien le droit de se payer une bonne nuit de sommeil après tout ce qu’on venait de faire pour sauver la France.

Et puis, on est romantique ou on ne l’est pas.

Quoi ? C’est pas ce que vous attendiez ? Ah, ok, je vois ! Vous auriez peut-être préféré entendre ça, bande de coquins :

 



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Remarquez, l’histoire n’est pas encore terminée. Je vous réserve encore bien des surprises. Parole d’Elu !

Ouais, ça vaut ce que ça vaut.

Angelina Jolie Photoshoot.jpg

Je m’attendais à me réveiller dans mon studio meublé fleurant bon l’humidité et le shit de mes voisins de palier, mais cette fois, seul le soleil radieux d’un nouveau jour m’a ouvert les yeux.

J’étais toujours dans la chambre d’hôtel. Tout était resté à sa place. Je n’avais donc pas rêvé. Ou bien mon rêve se plaisait à jouer les prolongations.

Ca m’allait tout à fait.

J’ai tourné la tête vers Angie. Son absence me dévisagea en haussant les épaules. Elle n’avait pas laissé de mot pour expliquer sa sortie. Mais pour me faire comprendre qu’elle allait revenir, elle avait pris soin de laisser sur son oreiller la rose que je l’avais vue glisser dans ses cheveux…J’avais l’impression que ça faisait une éternité de ça.

J’ai humé la rose encore fraîche et j’ai respiré à pleins poumons son oreiller et l’endroit même où son corps – fantasme parmi les fantasmes, joyau du monde terrestre, St Graal de la carnation – avait reposé près du mien.

Il était encore chaud.

Quand elle est rentrée dans la chambre, elle a jeté des sacs plastiques sur le parquet.
Je n’ai pu réprimer des larmes de joie devant son apparition christique, sa silhouette adorée se découpant sur le soleil levant, créant la quintessence de l’ombre chinoise.

J’ai hoqueté tellement c’était beau.

- Tu es magnifique !

Lorsqu’elle s’est avancée vers le lit, j’ai reconnu le livreur de pizzas.

- Vos vêtements, m’sieur-dame.

Là, j'ai eu une réaction complètement naturelle :

 


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Il a dû croire que j’avais picolé. Je vous avoue que j’aurais préféré.

Sur ces entrefaites, Angie est sortie de la salle de bains, toujours en serviette de bain. Elle a lancé une pièce au livreur en guise de pourboire. Du coup, il a piétiné sur place comme un chien fou à qui on aurait filé un os de mammouth à ronger. Elle lui aurait offert un cintre qu’il lui aurait manifesté autant de gratitude.

J’ai écouté le scooter s’éloigner...

 


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...avant de me tourner vers ma partenaire.

Mais comme j’avais déjà servi mes lignes de texte, je me suis contenté de la regarder en souriant bêtement.

- Tu sais, dit-elle en fouillant dans un des sacs, je suis désolé pour cette nuit.

J’ai immédiatement pensé à sa main sur ma cuisse. Voilà qu’elle regrettait son geste. C’était touchant. Je n’allais pas la laisser culpabiliser quand même, elle qui avait été si attentionnée envers moi.

- C’est rien, Angie. Tu es toute pardonnée. Nous sommes deux adultes civilisés, intelligents et dans la force de l’âge. Ce sont des choses qui arrivent, voilà tout. C’est la nature. C’est la vie.

Elle eut l’air physiquement soulagée.

- Content que tu le prennes comme ça. Je me faisais un sang d’encre à l’idée que tu avais pu passer une mauvaise nuit à cause de ça et de voir que ce n’est pas le cas me ravit. Des tacs de mecs m’ont largué à cause de cette manie. Tu ne m’en veux vraiment pas ?

Mon corps entier exprima assez bien ma consternation.

- Mais non, voyons, c’est ridicule ! Enfin, ça peut arriver à tout le monde. C’est humain, ça ne se contrôle pas et puis venant de toi, c’est plutôt un compliment. Comment je pourrais le prendre mal ?

Elle fit glisser la serviette au bas de ses chevilles avec un érotisme inouïe. La sensualité elle-même ne savait même pas que ça existait et elle s’invita dans notre chambre, histoire de prendre des notes pour plus tard.

La porte était restée ouverte, si bien que le soleil – heureux complice de la pudeur – camoufla par un habile jeu d’ombres et de lumière les formes sensuelles de ma partenaire.

Lorsqu’elle se tourna vers moi, elle portait un ensemble noir qui la rendait irrésistible.

Pour changer.

- Un compliment, tu trouves ? Une femme qui ronfle n’a pourtant rien d’un aphrodisiaque, avoue-le !

 


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Ca devait être la journée du quiproquo sur mon calendrier personnel. Mais comme j’ai jamais été doué pour retenir les dates importantes, j’ai décidé de fermer ma gueule jusqu’au moment où ma vie en dépendrait.

Elle me lança un sac.

- Habille-toi ! Notre chauffeur est déjà là. On a une grosse journée devant nous. Et pas question de la foirer.

 

Je l’ai observé à nouveau converser avec le chauffeur de la Mercedes dont je ne devais jamais voir le visage.

Une fois en route vers le mystérieux château évoqué la veille, j’ai ouvert la fermeture éclair que j’avais soudé mentalement sur ma bouche.

Oui, je prenais de très gros risques. Mais on est aventurier ou on ne l’est pas !

- Tu sais, Angie, j’ai repensé au massacre dans le restaurant et à ce que tu m’as dit pour me réconforter. S’il y avait quelques innocents, ce n’est pas si grave, finalement. Tu peux me le dire. Tu sais pourquoi ? J’ai aussi repensé à une scène de Wanted quand tu dis « En en tuant un, peut-être est-il possible d’en sauver des centaines. »

T’imagines combien on a sauvé de vies, dans ce cas ? Toute croisade nécessite des sacrifices. Et nous sommes en croisade, pas vrai ?

Elle a retiré ses écouteurs.

- Tu disais ?

J’allais refermer définitivement ma fermeture éclair lorsqu’elle m’a touché le bras avec ferveur.

- Je te fais marcher. Je sais ce que tu as dit. J’ai appris à lire sur les lèvres.

Mon esprit de cinéphile s’alluma comme un sapin de Noël :

- Comme Tom Cruise dans Mission Impossible 3 ?

Elle eut un regard équivoque.

- C’est marrant que tu me parles de lui.

- Pourquoi ?

- Pour rien.

Puis elle enchaîna rapidement :

- Ca fait deux fois que tu cites Wanted. Tu dois l’aimer ce film !

Je ne pus cacher mon enthousiasme.

- Si je l’aime ? C’est un pur film ! Les balles à trajectoire courbe, les messages codés dans le métier à tisser, la scène d’intro et celle à la fin dans la bibliothèque, quand ton personnage…

- Chut ! Il y en a peut-être qui ne l’ont pas encore vu. Ce serait dommage de leur gâcher la surprise, non ?

- Oui, c’est vrai, désolé ! Je m’emporte si facilement dès qu’il est question de cinéma. Je suis pourtant le premier à détester qu’on me raconte la fin !

Angie prit alors une pose plus recherchée. Elle croisa ses jambes de gazelle et fit battre ses yeux de biche avec un rythme étudié. Sûrement à l’école des biches.

- Tu sais que j’ai fait d’autres films importants, à part celui-là. Tu les as vus ?

Ca y est, elle me mettait à l’épreuve. Et je comptais bien remporter le défi qu’elle venait de me lancer sur mon terrain préféré.

- Bien sûr ! m’exclamai-je. Je suis ton plus grand fan, Angie, ne l’oublie pas !

- Alors tu as certainement vu celui qui m’a fait gagner l’oscar du meilleur second rôle.

Une Vie Volée ! J’en avais entendu parler, bien sûr, mais honte à moi, je n’avais jamais eu la curiosité de le visionner.

Ce qui était sur le point de me coûter très cher.

Elle releva l’une de ses manches, exhibant l’un des serpents tout prêt à me chiquer la paupière. Ou que sais-je d’autre ?

Sans quitter des yeux sa vilaine petite tête triangulaire, j’ai essayé de me rappeler où j’avais mis mon médaillon.

- On dirait que ça veut dire non.

Je vis le serpent se dresser pour mordre. Et puis, Angie s’est mise à rire et elle a rengainer son copain à sang froid.

- Ce n’est pas grave si tu ne l’as pas vu. Et tu sais pourquoi ?

Je secouai la tête comme un forcené.

- Parce que mon job d’actrice n’est qu’une couverture.

J’ai ouvert la bouche, mais le son a tâté le terrain quelques secondes avant d’envisager de sortir :

- Ah ?

J’ai repris une contenance.

- Tu veux dire qu’espionne c’est un travail à temps plein ?

Elle opina.

Cette révélation, si elle était pour le moins étonnante, n’en expliquait pas moins un certain nombre de choses, notamment…

- Tes cascades ! Ca me surprend plus que tu les fasses presque toutes toi-même. Ca doit même être un crève-cœur de te faire doubler !

Elle opina à nouveau.

- Pas de croisade sans sacrifice ! me dit-elle avec une complicité qui transforma mes genoux en guimauve. Heureusement, j’étais assis.

Mais cette révélation impliquait aussi forcément une existence plus complexe que celle laissée en pâture à la presse et au grand public.

- Mais ta vie de famille, c’est du concret quand même ! Ca n’est pas aussi une couverture !

 


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Le regard qu’elle me jeta me fit regretter amèrement d’avoir osé poser la question.

Sa rancune regagna ses pénates et elle se détendit à nouveau.

- Tu sais beaucoup de choses sur moi, mais qu’en est-il de toi ?

J’aurais dû être flatté qu’Angelina Jolie me manifeste autant d’intérêt, seulement vous imaginez bien que question frissons, ma vie était loin d’égaler la sienne, pour employer un doux euphémisme.

Je me raclai brièvement la gorge comme si, moi aussi, j’allais faire une grande révélation.

- Et bien, il n’y a pas grand-chose à dire. Je vis dans un appartement très modeste et je bosse à mi-temps dans un vidéo-club qui ne va pas tarder à fermer à cause du piratage sur internet. J’ai donc un peu de mal à joindre les deux bouts. Pourtant à la base, je suis issu d’une famille aristocratique.

Je la vis hausser les sourcils. Malheureusement, la suite n’allait pas embellir le tableau que j’étais en train de peindre.

- Mon nom a une particule, mais je l’ai définitivement abandonnée lorsque mon père a choisi de me déshériter. Tout ça parce que je ne voulais pas devenir médecin ou avocat ou n’importe quel autre métier qui aurait donné du poids à son nom. Tu vois le genre.

Nouveau hochement de tête.

- A sa mort, c’est donc mon enfoiré de cousin qui a tiré le jackpot à ma place. Au-delà de leur lien évident, mon père et le sien étaient très proches. Et comme mon cousin clamait haut et fort qu’il voulait devenir médecin ou avocat…

Depuis il a beaucoup d’argent, d’arrogance et de temps à perdre. Et son passe-temps préféré est vite devenu de concocter des blagues débiles à mon insu avec un type que je croyais être un ami. Comme tu le vois, j’ai des raisons de me sentir seul.

D’un coup d’œil discret, j’ai vérifié qu’Angie ne dormait pas – prêt à refermer ma fermeture-éclair – mais ce n’était pas le cas. Bien au contraire. Elle était visiblement très attentive. Ca ne pouvait que me toucher.

- Et ta mère ?

- Quand mes parents se sont séparés, elle est partie vivre dans le sud avec sa famille. Depuis, je n’ai plus trop de nouvelles. On s’entendait plutôt bien, pourtant. Mais la même année, j’ai eu le malheur d’oublier son anniversaire et la Fête des Mères. Je crois qu’elle m’aimait tellement qu’elle a pris ça pour une trahison. Et je crois qu’elle ne me l’a jamais pardonné. C’est triste parce que c’est juste un petit problème de mémoire. J’ai toujours eu du mal à retenir les dates importantes. Enfin, comme tu le vois, la famille, c’est pas vraiment ça.

Elle était toujours aussi attentive et même émue je crois. Alors je me suis rappelé un détail de sa vie à elle qui pouvait l’expliquer en partie.

- Je crois que tu as eu aussi quelques soucis avec ton père. J’étais très heureux que vous vous retrouviez dans Tomb Raider. C’est une scène très symbolique.

Elle posa une main sur la mienne.

- Merci, dit-elle dans un souffle.

Je n’ai rien ajouté. J’ai préféré attendre qu’elle parle à nouveau.

- C’est pour ça j’imagine que tu vis seul. Tu n’as eu pas ce qu’on pourrait appeler d’excellents modèles.

- C’est vrai, mais j’ai un chat qui vaut toute une famille pour moi. Quand on aura rempli cette mission, si tu veux, tu pourras rentrer avec moi. Comme ça, je te le présenterai. Ca lui ferait sûrement plaisir. Vous avez les mêmes yeux.

Je voyais déjà la scène d'ici.

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- C’est très séduisant comme programme. Je te promets d’y réfléchir dès que j’en aurais l’occasion.

- Entre deux coups de feu, par exemple.

Elle savait que je me référais à l’appel de Tonton dans la Mercedes.

On éclata de rire.

Sur la même longueur d’onde, je vous dis !

 

Le chauffeur a donné quelques coups contre la vitre teintée qui nous séparait de lui.

On en arrivait en vue du château.

En fait de château, c’était une vieille bâtisse sur cinq étages paumée en pleine campagne.

Mais avouez que si je vous avais dit ça en premier ça aurait eu tout de suite moins de gueule.

On est descendu de la voiture et un type BCBG genre premier de la classe est venu nous accueillir avec un blazer qui devait valoir un billet pour la Lune.

- Bienvenue au Domaine de la Motte Beurrée Saint-Sépulcre.

Oui, j’eus la même réaction que vous :

- Mais qu’est-ce que c’est que ce nom à la con ?

Angie et notre guide m’ont foudroyé du regard à l’unisson.

- Je veux dire…C’est un très joli nom, charmant, très…poétique !

Le type nous a ensuite fait l’historique des lieux.

Le site était classé Monument Historique du fait qu’il avait soi-disant résisté à toutes les guerres. J’en avais pourtant jamais entendu parler.

J’écoutai distraitement en m’imaginant rouler dans le champ de fleurs à côté avec Angie.

Evidemment, même dans ce genre de fantasme libérateur et apparemment sans risque, je réussis quand même à rouler dans une merde de chien. Et autant vous dire que c’était pas celle d’un caniche.

- Le propriétaire a des chiens ? Je veux dire des gros ?

Angie fronça les sourcils. Elle pensait à tort que je me rencardais maladroitement sur le niveau de sécurité du château.

Oui, je sais ce que vous pensez. Ma fermeture éclair !

D’un mouvement de tête, ma partenaire signifia à notre guide qu’il pouvait poursuivre sa présentation. Je ne pus m’empêcher de penser que je commençais à perdre un peu trop de points au moment crucial de l’aventure. Si jamais je foutais tout en l’air à cause d’une connerie de ce genre, je ne me le pardonnerai pas. Et Angie non plus.

Je vis que sous son air absorbé de touriste curieuse de tout, elle était en réalité en mode repérage.

Cette femme ne cessait de m’étonner.

-…et sur la gauche, vous pouvez apercevoir la célèbre Tour Prend Reine en A4, un modèle d’architecture gothique qui a permis de repousser les Barbares en 1515 à Marignane grâce à l’ingénieuse catapulte romaine camouflée dans les fondations et dont nous devons l’existence au célébrissime Leonardo Da Vinci…

C’est moi ou ce type raconte n’importe quoi ?

Mon anglais commençait peut-être à rouiller. En même temps, il marchait à plein régime depuis presque vingt-quatre heures.

Heureusement, Angie s’occupait de réagir convenablement aux informations apportées par notre guide avec force exclamations de surprise et onomatopées d'admiration.

On est actrice ou on ne l’est pas.

C’est alors que j’ai fait un constat pour le moins troublant.

Angelina Jolie était connue dans le monde entier et pourtant, cela ne l’empêchait pas d’effectuer son métier d’agent secret à visage découvert.

Mais rapidement, j’ai compris aussi que c’était le meilleur subterfuge au monde. Elle était tellement naturelle que ceux qui la reconnaissaient devaient se dire que ça ne pouvait pas être elle, la vraie, et du coup, ils se persuadaient tout seul que ce n’était qu’un sosie.

Heureusement, je n’étais pas tombé dans le panneau. Et je crois que rien que ça me rendait digne d’être un partenaire de mission idéal.

Je l’observai à son insu. Une beauté et une intelligence pareilles dans un seul corps de femme et j’avais la chance d’en être si proche…

 


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…quand j’ai atterri, on était dans un salon décoré avec beaucoup de goût, enfin, avec beaucoup de bibelots qui servaient à rien et qui n’allaient pas ensemble, mais qui avaient l’air d’avoir coûté tellement cher que ça faisait passer la pilule.

Notre guide prit congé avec un assortiment impressionnant de révérences et de formules de politesse qui me firent sérieusement douter de me trouver dans le repaire de terroristes.

Les deux colosses en treillis qui lui succédèrent beaucoup moins.

Sans un mot, ils nous escortèrent jusqu’à un grand escalier, tellement haut que même vu d’en bas il donnait le vertige. Tandis que nous montions, Angie me glissa furtivement à l’oreille :

- N’oublie pas ce que je t’ai dit !

Comme je ne voyais pas précisément ce qu’elle voulait dire, j’ai prié très fort pour que nous ne soyons pas séparés. J’ai de la chance que ce ne fut pas le cas et à dire vrai, vous aussi, sinon vous auriez été privé de plusieurs scènes d’un grand intérêt narratif.

Durant le trajet jusqu’à notre destination, j’ai remué dans tous les sens le conseil qu’elle venait de me donner et qui valait certainement son pesant d’or. Le hic c’est qu’elle m’en avait dit des choses depuis notre rencontre.

Bon, bien sûr, j’ai fait un tri sélectif préalable, je ne suis pas complètement con.

Mais après ça, il me restait encore trois possibilités :

- Soit elle avait voulu me rappeler la présence des serpents sous ses manches et sous-entendre qu’en cas de grabuge, elle se chargeait de calmer le jeu à coup de venin.

- Soit elle avait voulu me rappeler que cette mission était primordiale et qu’il était exclus que je commette une nouvelle bourde.

- Soit, enfin, elle avait voulu me rappeler que nous avions affaire à de dangereux énergumènes et qu’à partir de là, la menace pesant sur nous était maximale.

Comme aucune n’était franchement réconfortante, j’ai préféré me dire finalement que j’avais tout faux et que c’était rien de tout ça.

Les trois à la fois ?

C’est pas faux.

Bon évitez d’en rajouter, j’en menais déjà pas large.

Lorsque enfin on est arrivé dans la salle de l’entrevue, on a eu une drôle de surprise.

Les deux gorilles – qui se ressemblaient par ailleurs comme deux gouttes d’eau - nous ont invité à nous asseoir sur des espèces de fauteuils de dentiste placés côte à côte.

 


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Oui, bizarrement, j’ai tout de suite pensé à ça.

- Euh, si c’est pour un détartrage…

Le regard d’Angie ne me laissa pas terminer.

- Allez-y, dit-elle en s’asseyant.

Je l’ai imité.

L’un des types m’a collé une électrode sur un poignet. En voyant son jumeau s’apprêter à faire de même sur Angie, j’ai eu un frisson intégral.

Elle arrêta le type d’un sourire gêné :

- Désolé, j’ai des cicatrices…une erreur de jeunesse.

L’intéressé eut l’air de comprendre car il lui colla finalement l’électrode dans le cou.

Quelle actrice, je vous dis ! Rien que cette réplique improvisée aurait mérité un autre oscar.

Les électrodes étaient reliées à un appareil que j’avais vu dans un certain nombre de films d’espionnage. Celui-là avait l’air particulièrement évolué.

Les types allaient nous passer au détecteur de mensonges. L’entrevue attendue était en fait un interrogatoire. Ca sentait déjà un peu le roussi, surtout connaissant ma légendaire incapacité à sortir un bobard sans rougir jusqu’aux oreilles.

Je regardais une dernière fois en direction d’Angie, un modèle de sérénité, avant de prendre une grande inspiration.

C’était le moment de vérité. Dans tous les sens du terme.

L’un des deux terroristes s’est ensuite ramené avec une seringue longue comme le bras.

J’ai avalé mon inspiration de travers.

- C’est obligé ? Je suis allergique aux piqûres.

L’aiguille me transperça le bras.

- Et nous aux imposteurs.

Angie reçut la seringue dans le cou. Pas un son ne sortit de sa bouche. J’admirai son courage. A sa place j’aurais hurlé tous les noms d’oiseaux que je connaissais. Et à cause de mon cousin qui les collectionnait, j’en connaissais un paquet.

La première question tomba rapidement.

- Quel est le nom de code de l’opération ?

J’ai ouvert les yeux, comme victime d’une illumination. J’avais la réponse ! Pour une fois que je pouvais gagner le gros lot ! J’ai répondu sans même réfléchir :

- Aucune idée, m’sieur, je suis qu’un minable employé dans un vidéoclub qui va bientôt fermer à cause du piratage sur internet.

Oui, comme vous pouvez le constater, leur sérum de vérité était très efficace.

Les deux gorilles ont immédiatement dégainé leur silencieux.

Ce qui m’a un peu vexé.

 


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Angie les a stoppé net d’un sifflement.

- Je n’ai pas encore répondu, moi !

Elle a tendu ses bras dans leur direction et deux secondes après, ils étaient au tapis, battus à plat de couture par deux serpents.

- T’as vu, ai-je fait en me levant, c’était des jumeaux !

Oui, je supportais très mal le sérum.

- Ne sois pas naïf, m’a répondu Angie en prenant leurs armes. C’était seulement des clones.

J’ai pris le pistolet qu’elle me tendait avec l’air d’un parfait abruti.

- Ca te fait rien, toi, la piqûre ?

Angie a repéré un ascenseur. On allait monter dedans lorsque j’ai eu une vision effroyable.

- Et si c’était un ascenseur piégé, comme dans L’Espion qui m’aimait ?

Tu imagines si on tombe nez à nez avec un requin ?

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Ca n'a pas eu l'air de l'inquiéter.

- Je lui donnerai un coup de poing.

J'ai forcément repensé à une scène similaire dans l'un de ses films.

- Alors dans Tomb Raider 2, c'était pas truqué ?!!

Elle m’a poussé dans la cabine et elle a appuyé sur le bouton du dernier étage.

- On va être attendus, maintenant. Y avait sûrement des caméras et des micros dans cette salle.

Mon raisonnement se tenait.

Angie était trop concentrée pour le remarquer.

- Ca n’a plus d’importance. Le chef est ici. Il faut en finir rapidement.

- Comment tu sais qu’il est là ?

- J’ai reconnu sa voiture près de la tour quand on est arrivé. Une Ferrari vert pomme avec un autocollant : « Je suis le roi du monde ! » ça ne s’oublie pas !

- Tiens, ai-je fait, mon père en avait une comme ça, aussi.

- Ton père ?

Les portes se sont ouvertes. On s’est retrouvé assis au bout d’une table longue d’un kilomètre. Le repas était servi et il était encore chaud. Ca avait l’air bon, je me suis mis à manger.

Angie m’a filé son coude dans les côtes !

- Qu’est-ce que tu fais ?

- On a pas pris de petit-déjeuner, je te signale. Et chez moi, le p’tit déj, c’est sacré !

Notre guide de tout à l’heure est arrivé à notre hauteur avec son plus beau sourire. J’ai rien vu de plus flippant. Il a soulevé une cloche. Sur le plateau il y avait un ordinateur portable.

On a pas fait d’histoire. On a posé l'ordinateur sur la table et on l'a allumé.

Il y avait quelqu’un à l’autre bout de la table. Son visage apparut sur l’écran et sa voix se fit entendre.

- Bienvenue au Domaine de La Motte Beurrée Saint Sépulcre.

- Merci, on y a déjà eu droit, fis-je remarquer en engloutissant un croissant croustillant à souhait.

J’en ai bien proposé un à Angie, mais elle n’avait pas l’air d’avoir faim.

Le chef des terroristes avait l’air…d’un chef des terroristes. Il faisait peur et en même temps il était séduisant. Comme sa voix.

- Vous avez passé avec succès les différentes étapes de notre grand jeu et vous avez donc gagné le droit exclusif d’intégrer l’Opération Hollywood Panic !

 


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- Putain, me suis-je exclamé. C’était ça la réponse de tout à l’heure !

Puis ma paranoïa est revenue de vacances.

- Fais gaffe, Angie, il a peut-être un flingue sous la table, comme dans…

Elle prit un air pincé.

- L’Espion qui m’aimait ?

- Comment tu sais ?

Plus je détaillais le méchant sur l’écran, plus son visage me semblait familier.

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- Tu le connais ? s’enquit Angie.

Je pensais que non, mais en fait, je ne cherchais pas où il fallait.

- On dirait Alan Rickman, l’acteur qui incarne le chef des terroristes dans Piège de Cristal, un monument du film d’action, soit dit en passant !

- Alan Rickman ou pas, il va dérouiller dans pas longtemps !

Notre hôte se leva.

- Vous resterez bien pour le plat de résistance !

De chaque côté de la salle, des portes s’ouvrirent et avec une incroyable chorégraphie, des domestiques tirés à quatre épingles apparurent, chacun équipé d’une cloche à repas.

- Je le sens pas ! fit Angie.

Comme il était évident qu’on allait de nouveau passer à l’action pour un pur morceau d’anthologie, j’ai fouillé dans ma poche à la recherche de…

- Mon médaillon ! Merde, je l’ai oublié dans mon jean, dans la chambre d’hôtel ! Quel con !

Est-ce que l’Elu pouvait commettre une bévue pareille ?

- Si jamais quelqu’un le récupère ! ajoutai-je en proie à une panique sans nom.

Angie était d’un calme olympien.

- Ca ne fait rien. C’est toi l’Elu et le médaillon ne sert à rien, ni à personne en dehors de toi.

- Le problème c’est que l’inverse est vrai aussi.

Angie soupira et prit ma main.

- Regarde ! Les symboles sont incrustés dans ta paume. Ce sont eux qui te donnent ton pouvoir. Tu n’as plus besoin du médaillon. Enfin, si je ne me trompe pas.

- Ouais, ça demande quand même à être vérifié.

- Très bien. A trois, on y va. Un…deux…

- Attends, attends ! Un, deux, trois, on y va ou bien un, deux, et trois on y va ?

En guise de réponse, elle a sauté sur la table et a commencé à tirer dans tous les sens.

J’ai rien trouvé de mieux à faire que l’imiter ne sachant absolument pas ou cela allait nous mener.

Les domestiques ont soulevé leur cloche et à tour de rôle ont annoncé :

- Fusil-mitrailleur M16 sur son trépied en acier trempé.

- Lance-roquettes Ultimatum avec guidage thermique et culasse anti-surchauffe.

- Pistolet-mitrailleur MP5 avec silencieux et chargeur double capacité.

- Etc…

De cette manière, pas moins de vingt armes plus destructrices les unes que les autres furent braquées sur nous en un temps record tandis qu’Angie et moi nous courions sur la table, chacun couvrant l’autre en arrosant un côté de la salle.

Entre deux rafales, Angie se baissa et ramassa une bouteille de vin. Elle but une gorgée au goulot avant de déclarer :

- Mon millésime préféré !

Une balle perdue fracassa la bouteille, ce qui, évidemment, fut très loin de lui plaire.

- Monumentale erreur !

Angie refit le portrait du tireur maladroit au 9 mm, façon picasso.

Me prenant les pieds dans un plat, c’est elle qui arriva en premier face à notre hôte. Comme elle n’avait plus de munitions, elle jeta son pistolet et retroussa ses manches. Ses deux fidèles serpents se mirent au garde-à-vous.

Le sosie d’Alan Rickman ricana.

Il retroussa les siennes et deux mangoustes se jetèrent sur les reptiles pour les dévorer vivants.

- Moi aussi, j’aime les animaux.

Profitant de la stupeur d’Angie, je vis le terroriste sortir un pistolet de l’intérieur de sa veste en cachemire.

 

 
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Là, mon cœur a cessé de battre et toute la scène s’est figée comme dans un arrêt sur image.

Sauf que je pouvais quand même bouger.

Je crois que j’ai hurlé son prénom et que je me suis élancé sur la table, glissant dessus sur plusieurs dizaines de mètres avant d’atteindre mon objectif.

Bon, il est vrai que je ne le ferai pas tous les jours.

Angie gisait au sol, ses vêtements poissés de sang. Elle tenait une main appuyée sur son ventre. J’ai regardé la blessure avec horreur. Mon point de vue fit littéralement volte-face. Je priai pour être dans un cauchemar et me réveiller au plus vite. De préférence, dans les bras d’Angie et dans notre minable chambre d’hôtel sans eau chaude.

Mais rien d’équivalent n’arriva.

Je vis qu’Angie voulait dire quelque chose. Je fus victime du plus cruel des dilemmes. Je voulais entendre sa voix, mais je ne voulais pas qu’elle me parle, de peur d’écouter ses derniers mots.

Je lui ai redressé la tête.

- Tiens, me dit-elle en me tendant ses écouteurs. Ca te donnera de la force.

Je les ai posés sur mes oreilles. Je me disais que c’était sa façon de me dire « Je t’aime ».

Comme je n’avais pas d’écouteurs à lui offrir, j’ai posé mes lèvres sur les siennes pour lui donner aussi de la force.

- Tiens le coup, Angie. Je reviendrai !

Je lui ai serré les mains en guise de garantie.

Je me suis relevé. Je me suis senti de nouveau invincible, comme si j’avais absorbé tous les codes secrets du jeu vidéo de ma vie.

J’ai regardé autour de moi. Le Grand Méchant en avait profité pour filé en douce.

J’ai regardé la paume de main. Elle s’illumina d’un éclat bleuté surnaturel. Mes yeux en ont fait de même.

 


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- Maintenant, ça va chier !

La musique a commencé à envahir mon esprit au moment où les tueurs restants se sont précipités sur moi.

 


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Le premier est arrivé sans crier gare, alors j’ai pris le train en marche. Je l’ai décapité du tranchant de ma main droite et l’ai éventré de la gauche.

Le deuxième et le troisième se crurent plus malins en me prenant en traître. Ils en furent pour leurs frais. Je leur ai attrapé les cheveux et d’un double coup de genou sauté, je leur ai enlevé les amygdales sans anesthésie locale.

L’un des deux m’a murmuré qu’il les avait déjà perdues au Vietnam à cause d’une explosion au napalm. Alors je lui ai arraché la langue pour qu’il arrête de dire des conneries.

Le quatrième, le cinquième et le sixième tueur sont venus en renfort et m’ont encerclé pour me truffer de plomb. J’ai filé un aller-retour à la première balle et vu qu’elle n’était pas conne, elle a fait passer les mots à toutes ses copines. Résultat : retour à l’envoyeur et trois méchants de moins sur ma liste.

Le septième me colla son fusil à pompe entre les omoplates. Mais avant qu’il ait pu tirer, je m’étais retourné et j’avais glissé un doigt dans le canon de son flingue. Mon majeur, histoire de le provoquer. Ca a marché. Il a quand même tiré et s’en est tout de suite mordu les doigts. Enfin, il a mordu ce qu’il a pu vu que le fusil a explosé et lui a amputé les deux bras.

Comme les derniers tueurs ont compris que les armes à feu ne me faisaient rien d’autre que des chatouilles, ils ont essayé de me submerger par le nombre.

Ils se sont pointés à onze. Pas de bol, j’ai toujours détesté le foot. D’un coup de pied j’ai arraché la tête du plus proche et j’ai fait un magnifique strike avec ma boule de bowling improvisée. Je préfère ne pas vous raconter l’état des quilles.

Celui qui avait le moins morflé a rampé vers moi. Je l’ai regardé du haut de mon mètre soixante dix-huit.

- J’ai horreur des serpents !

J’ai sauté à pieds joints sur son dos en hurlant comme un coyote façon Bruce Lee.

Comme il n’y avait plus personne pour me tenir tête, je suis retourné auprès d’Angie qui respirait faiblement. Je me disais que mon pouvoir était sûrement assez fort pour me permettre de la sauver une seconde fois. Je me suis concentré à mort. Jusqu’à ce que l’hélicoptère de mon ennemi me canarde à travers les fenêtres. J’ai dit à Angie que je revenais et d’un bond j’ai traversé la salle et la fenêtre en face de moi. J’ai chopé une pâle de l’hélico entre mes dents et d’un coup sec je l’ai arrachée. L’hélico a aussitôt piqué du nez et s’est écrasé sur la pelouse. Le sosie d’Alan Rickman est sorti des décombres juste avant l’explosion. Tant mieux, j’aurais regretté de ne pas pouvoir lui faire sa fête à mains nues.

Son costume était déchiré, mais ce qui était franchement bizarre c’était que son visage l’était aussi. C’est là que j’ai compris qu’il portait un masque. Il l’a retiré complètement et mon coeur a cessé de battre une seconde fois. C’était mon père !

Il a marché vers moi.

- Un terroriste, il n’y a que lorsqu’on le croit mort qu’on cesse de le chercher.

J’étais abasourdi et pourtant je me suis entendu lui répondre :

- Tu cites Piège de Cristal, toi, maintenant ?!!

- C’est de ta faute. Tu m’as obligé à regarder ce film des dizaines de fois. Ca a fini par me donner des idées.

Je comprenais mieux pourquoi il avait pris les traits d’Alan Rickman. Une sorte de mimétisme résultant d’une crise d’identité. Pour plus de détails, voir avec un psychiatre agrégé.

Mon père a poursuivi :

- J’avais déjà suffisamment d’argent donc je ne me voyais guère braquer des banques ou des entreprises pour passer le temps. Alors je me suis dit que faire péter des immeubles de temps en temps, ça pouvait être marrant. Une sorte de jeu vidéo grandeur nature.

Ajoutez mégalomanie, appelée aussi syndrome du « Je suis le Roi du Monde ».

J’ai repensé à ce que m’avait dit Angie. En regardant près de la tour, j’ai moi aussi reconnu sa voiture. Tout était clair, maintenant.

-Tu as fait croire à ta mort pour être au-dessus de tout soupçon et pouvoir agir à ta guise. Ca ne t’a pas suffi de me déshériter au profit de mon enfoiré de cousin, il a fallu que tu tires sur la femme de ma vie.

Il pointa un doigt méprisant en direction du château.

- Elle ? Cette actrice minable ?

Il s’esclaffa.

A mon tour, j’ai marché vers lui.

- C’est ta dernière erreur.

Il m’a regardé me rapprocher.

- Tu es ici parce que je l’ai décidé. Et elle aussi. Rien n’est dû au hasard. J’ai appris la véritable nature du médaillon et de ses pouvoirs après ma mort factice. C’est un objet que j’avais possédé pendant des années sans en soupçonner une seconde le potentiel. Lorsque je l’ai découvert, j’ai réalisé qu’il était désormais en possession de mon cher neveu. Alors pour le récupérer, je lui ai envoyé un pigeon porteur d’un message. Je savais qu’il collectionnait les oiseaux morts et qu’il ne manquerait pas d’ajouter celui-là à son tableau de chasse. Le message lui ordonnait de concocter un pari avec ton ami pour te faire entrer en possession du médaillon et te faire croire qu’il s’agissait d’un objet inestimable. Tu es crédule, mais ton cousin l'est tout autant surtout quand on signe « Le Dieu des Oiseaux te punira si tu ne fais pas ce qui est écrit ». Son penchant naturel pour la facétie a fait le reste.

Ces explications, aussi limpides étaient-elles, ne me suffisaient pas encore.

- Mais pourquoi moi ? Pourquoi n’avoir pas demandé directement à mon cousin de venir de te le donner ? Pourquoi n’avoir pas envoyer tes hommes le voler ?

Il eut un sourire de mauvais augure.

- Toute croisade mérite des sacrifices, non ? J’ai toujours voulu me débarrasser de toi. Et j’avais l’occasion idéale de faire d’une pierre deux coups. Tu représentes le déshonneur de la famille. Quand j’ai du mauvais sang, je me le fais tirer. Philippe Noiret. Le Bossu.

Je ne croyais pas mon père aussi cinéphile. Je l’avais peut-être aidé malgré moi à le devenir. En tous les cas, cela n’allait pas adoucir la mort que je lui réservais.

Il dégaina un objet cylindrique de sa ceinture.

 


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- Je suis ton père.

Oui, décidément, je l’avais bien éduqué.

- Ton plan est stupide ! C’est moi l’Elu. Je suis le seul à pouvoir me servir du médaillon. Et de toutes façons, je l’ai oublié à l’hôtel, alors c’est mort !

Il s’est à nouveau esclaffé.

- C’est toi qui es stupide. Tu as dû oublier de lire les petites lignes du mode d’emploi. Le pouvoir ne vient pas de toi, il vient de la lignée, du sang.

Là il y eut un gros plan sur ses yeux maléfiques.

- De mon sang. Je suis le seul héritier digne de ce nom qui mérite de porter le médaillon de Tankpur Jilah !

A mon tour j’ai fait un zoom sur mon regard à son intention. Me demandez pas comment !

- Le médaillon, c’est moi, maintenant !

J’ai tendu ma paume gravée des symboles dans sa direction.

Cela n’a pas intimidé mon père le moins du monde. Il était entré en mode « C’est moi qui vais gagner ! » Ce que confirma sa dernière réplique :

- Si je dois t’arracher la main et me la greffer, je le ferai !

Quant à moi, je suis entré en mode « Non, c’est moi ! »

Ma paume de main s’est alors illuminée. Mes yeux ont jeté des éclairs.

 


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Il a brandi son arme pour les repousser. En vain. Alors il a lancé son sabre laser vers moi.

La bonne nouvelle c’est que j’ai transformé mon père en grillade et la pelouse du Domaine de la Motte Beurrée Saint-Sépulcre en barbecue.

La mauvaise nouvelle, c’est que pendant ce temps là, son sabre m’a tranché la main. Et de préférence la main gravée des symboles du médaillon de Tankpur Jilah.

J’ai rien senti, mais j’ai quand même eu mal.

 


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Car privé de ma main, j’étais aussi privé de mon pouvoir. Et sans mon pouvoir, j’étais aussi utile pour Angie qu'un pansement sur une jambe de bois.

Je suis retourné dans le château pour aller la chercher. Son pouls était très faible. Il fallait que je fasse vite. Je l’ai prise dans mes bras et je l’ai déposée sur la pelouse. J’ai fouillé le cadavre de mon père. Un homme tel que lui ne pouvait se passer de téléphone. Une chance, il avait un modèle ignifugé. J’ai appelé les urgences. En insistant bien sur le caractère urgent.

J’ai rassuré Angie en lui caressant le front.

- Les secours vont arriver. Tout va bien.

Elle m’a regardé comme un héros, comme un chevalier en armure.

- Tu l’as eu ?

- Je les ai tous eu ! Grâce à toi, Angie !

Je ne suis pas rentré dans les détails. Je ne voulais pas l’embêter avec mes histoires de famille. Je suis donc resté très vague quant aux circonstances de ma victoire. C’était un moment privilégié entre nous. Je ne voulais pas le gâcher en lui parlant de mon père.

Elle a commencé à fermer les yeux. Là mon cœur a retenu sa respiration. Si ça continuait, il allait battre le record d’apnée.

- Angie, reste avec moi, je t’en prie ! On a encore tellement d’aventures à vivre ensemble !

Elle a posé une main sur ma joue ce qui a fait barrage avec le raz-de-marée de mes larmes.

- On les vivra. Dans tes rêves.

 Ses derniers mots furent en français et ils furent pour moi.


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Alors j’ai fait la chose la plus terrible de toute mon existence. J’ai fermé pour toujours les grands yeux clairs et limpides d’Angelina Jolie et j’ai embrassé une dernière fois ses lèvres généreuses aussi aphrodisiaques que la plus belle plage du monde.

J’ai posé ma tête sur sa poitrine aussi légendaire que toute sa personne et j’ai pleuré comme un enfant à qui on aurait confisqué un super jouet de Noël.

Je n’ai pas entendu l’ambulance et les pompiers arriver. Impuissant, j’ai regardé des hommes emporter mon grand amour et placer son corps dans un corbillard.

Moi j’avais pris de l’avance. J’étais déjà six pieds sous terre.

 

On m’a posé des questions. Je ne me souviens plus de ce que j’ai répondu. Ca devait être la vérité car le sérum faisait sûrement encore effet. On m’a félicité, on m’a serré la main. Ca me faisait une belle jambe. Un médecin m’a dit qu’on pouvait s’occuper de ma main gratuitement en compensation. J’étais tellement déboussolé que j’ai juste demandé un billet retour pour ma province natale. J’avais le sentiment de n’avoir plus rien d’autre à faire que rentrer chez moi.

La fête était finie, le rêve terminé. Il était temps de retourner dans cette bonne vieille réalité.

Je me sentais vide, dépossédé. Tel un automate, je reprenais progressivement le cours de mon existence, comme sorti d’une parenthèse. Tout était flou. Je ne savais plus trop qui j’étais ni ce que j’avais fait. Comme si je sortais d’un tour de montagnes russes.

C’est sans doute pour ça que j’ai gerbé.

 

En seconde classe, les passagers ne sont pas si pauvres que ça. Ils ont des ordinateurs portables et des téléphones dernier cri. Ce jour-là, pour mon plus grand malheur. Le trajet s’est effectué au rythme des multiples hommages que rendait le monde entier à Angelina Jolie. Personne ne mentionna son implication dans des actions anti-terroristes de grande envergure telle que celle qui nous avait réuni. Bien sûr, puisque tout le monde était censé l’ignorer. Pour le public, les médias et le septième art, elle était Angelina Jolie, l’actrice. Et c’était déjà beaucoup. Le Président des Etats-Unis lui-même fit une déclaration à la télévision qui devait rester dans les mémoires :

« Le cinéma a perdu un trésor, le monde un diamant, mais le ciel, lui, a gagné un ange. »

J’avoue que je n’aurais pas mieux dit.

J’ai tourné mon regard vers la vitre en réprimant le besoin viscéral de révéler la vérité à tous les passagers du train. J’ai regardé défiler le paysage comme je l’ai toujours fait sauf que dans ma tête défilaient aussi mes meilleurs scènes avec Angie.

Je vous donne la musique. Je vous laisse faire votre propre bande-annonce :

 


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En me souvenant de tout ce qu’on avait vécu, j’ai à nouveau ouvert les vannes.

 

Quelques heures plus tard, je suis descendu du train, le cœur aussi lourd qu’une enclume.

J’ai quitté la gare en effervescence en ignorant les réactions des gens à la nouvelle qui tremblait maintenant sur toutes les lèvres.

Je suis allé rejoindre mon studio meublé qui fleurait bon l’humidité et le shit de mes voisins de palier en me faisant l’effet d’un animal qu’on traînerait à l’abattoir.

 


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J’habitais cette ville depuis des années et pourtant je ne reconnaissais plus rien. Sur les façades des immeubles et sur les vitrines des magasins, je ne voyais plus qu’une seule chose : le visage d’Angelina Jolie qui me souriait.

Dans une boutique, une télé s’est allumée. Je me suis approché. Le visage d’Angie est apparu. Elle était rayonnante :

- C’est toi le meilleur !

Elle m’a dédié une œillade complice et tous les autres visages autour de moi l’ont imitée.

Je crois que j’ai perdu connaissance à ce moment là.

 

Quand je suis revenu à moi, j’étais appuyé sur le garde-fou d’un pont. Le torrent était impétueux et je crois qu’il me faisait de l’œil. Il ne m’en fallait pas plus pour être séduit.

J’ai agrippé la rambarde pour l’enjamber et une voix d’homme m’a dit :

- Elle vaut mieux que ça, tu ne crois pas ?

J’ai cru halluciner en reconnaissant Tonton…Je veux dire Monsieur Bricolage, enfin… le type qui refourguait à Angie tous ses gadgets très utiles. Il louchait toujours autant, mais c’est pas ça qui m’a empêché de me jeter dans ses bras.

- Elle va me manquer à moi aussi.

- Mais qu’est-ce que vous faites ici ? ai-je demandé entre deux sanglots.

- Et si je te disais que tu peux la revoir, tu me suivrais ?

C’était comme de donner du miel à un ours ou une tétine à un bébé.

A l’intérieur de mon corps ce fut le 14 juillet.

 


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- Où ça ?

Tonton s’écarta un peu et retira son masque.

Tom Cruise me sourit et m’adressa un clin d’œil complice :

- Aux States, mon pote, aux States !

 


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 Distribution :

 

Angelina Jolie (Angie)....................Elle-même

 Le Narrateur..............................Le mec qui la suit

Le Père du Narrateur.........Alan rickman/Dark Vador

Tonton.........Tom Cruise

Le Chauffeur de la Mercedes...........Un mec que tu connais pas et moi non plus

 

Illustrations Sonores :

 Chewbacca

La Chèvre de Monsieur Seguin

 

Effets Spéciaux, Montage :

 Clavier AZERTY

 

 Cascades :

montagnes de l'O. des E.-U. et du Canada, parallèles à la chaîne côtière; culminant à 4392 m.

(Définition du dictionnaire encyclopédique Hachette, édition 2002)

 

Crédits musicaux :

 

L'Ode à la Joie de Ludwig Van Beethoven

Dies Irae de Giuseppe Verdi

O Fortuna (extrait de Carmina Burana) de Carl Orff

Thème de Mission Impossible (crée par Lalo Shifrin, réorchestré par Michael Giacchino)

Smoke gets in your eyes interprétée par The Platters

 

L'auteur tient tout particulièrement à remercier les propriétaires du Domaine de la Motte beurrée Saint-Sépulcre pour leur précieux concours

Cette histoire est dédiée à ma mémoire car c'est bien connu :

"j'ai la mémoire qui flanche, je ne me souviens plus très bien..."

Angelina-Jolie-91.jpg


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Angelina Jolie reviendra-t-elle ?

Le billet de train retour du narrateur a-t-il été retrouvé dans la chambre d'hôtel ?

Le Colonel Moutarde a-t-il fait le coup ? (à moins que ce soit Tonton Luc !!!)

Vous le saurez en lisant Hollywood Panic

 

 

Attention scène bonus exclusive rien que pour ceux qui sont restés sur leur siège après le générique de fin !!! 

 

Un jeune livreur de pizzas – et de vêtements à l’occasion – se glissa furtivement dans la chambre d’un hôtel miteux qui n’avait même plus d’eau chaude.

Il respira à pleins poumons les draps du lit avant de faire les poches des vêtements sales oubliés par mégarde (mais surtout par moi).

Bien sûr il trouva le médaillon de Tankpur Jilah.

Il le contempla un instant et tandis qu’il détaillait les symboles gravés à sa surface, une étrange lueur bleue éclaira son regard.

Alors il émit un rire diabolique :

 

podcast

 

 

FIN

 

 Si vous aimez, découvrez :

dans ma tête, Les Aventuriers de l'Arc Tendu  et Polaroïd

 

 

T’as aimé…ou pas

T’as tout lu, tout vu, tout entendu…ou pas

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Commentaires

Hello !
Je trouve votre blog très riche et très intéressant. La qualité est là !!!
Si je puis vous donner une piste pour la suite de votre projet d'écriture, il existe un site Internet très intéressant et très critique (positif).
Allez sur www.oniris.be
Vous pourrez mettre en ligne certains textes qui seront proposés à des milliers de lecteurs et lectrices.
Bonne continuation.
Bien à vous.
EPB

Écrit par : Pied Barussaud | mardi, 19 octobre 2010

Sans aucun doute l'histoire la plus originale que tu es écrites, tant par la forme que par le contenu. Pour ma part, j'avais les yeux rivés sur mon écran de bout en bout. Tu commences par un début assez classique et puis tu bascules dans un pur délire d'auteur passionné. Tu nous emmènes avec toi dans cet histoire improbable mais qu'on a tous envie de croire.

Bref une grosse claque, et pour ceux qui ne l'ont pas lu : à voir et à écouter ABSOLUMENT !!!

Encore, encore.
Amicalement,

Hervé Smagghe

Écrit par : Hervé Smagghe | jeudi, 14 avril 2011

Complètement azimuté, mais extrêmement original et bien écrit ! Je vais lire le rest de ce pas !

Écrit par : Jartagnan | samedi, 28 mai 2011

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