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dimanche, 08 février 2009

Polaroïd

  Un détective privé de tout n’a plus rien à perdre à tout gagner.

 

 

 Un soir.

Il est dix-neuf heures ou peut-être plus tard.

Le bureau de Marlow Edgar est plongé dans le noir.

Il fume un cigare.

C’est pas un Havane, mais chez lui le luxe se fait rare.

Ces temps-ci, il collectionne pas beaucoup les dollars.

Depuis des semaines, c’est café, cafard et idées noires.

Il est en quête d’enquêtes et son chômage l’inquiète.

Meurtres et mystères existent toujours, mais ils ne font plus escale chez lui.

Et lui, ça l’ennuie.

 

Il fait nuit.

Devant sa porte, une silhouette sculpturale apparaît comme par magie.

Dès qu’elle entre, son charme agit.

Elle est belle à souffrir, songe Edgar. Il aurait pu dire mourir, mais comparé à la souffrance, la mort c’est pas grand-chose finalement.

La mort, ça dure pas, c’est instantané.

La souffrance, c’est autre chose.

Et lorsque Edgar dévisage ce visage d’ange posé sur ce corps de déesse, il est comme en état d’ivresse, mais sait que sous les beaux atours de cette inconnue incongrue, son avenir lui réserve une sacrée série de péripéties.

Du genre de celles qui vous pourrissent la vie.

Edgar ne sait quoi dire, alors il soupire.

Alors la femme finit de dégainer tout son charme.

Elle fait battre ses cils de biche. Elle le fait si vite et si bien qu’on croirait des ailes de colibri. Geste bien appris.

Elle humecte sa bouche avec une sensualité exagérée, mais ça lui plaît.

Et elle le sait.

Elle fait voltiger sa chevelure souple et sombre, ombre de soie dans laquelle le regard du détective se noie. Son corps se mouvant lentement, l’émouvant silencieusement.

Sa robe échancrée laisse entrevoir le galbe parfait de ses jambes satinées à la lueur de sa vieille lampe bronzée.

Marlow déglutit. Cette femme sait faire monter le désir et l’envie.

Il sait qu’il doit s’en méfier, mais pourtant il se laisse prendre au jeu de ses grands yeux et en tombe amoureux.

Lorsque la voix de cristal brise net le silence, le détective sent ses soupçons faire leur baluchon.

- Bonjour, dit-elle d’une voix suave et glacée qui enflamme son âme.

Elle tend une main pâle, spectrale :

- Je m’appelle Crystal.

Ce nom achève de diffuser la passion dans le cœur fou d’Edgar dont les genoux se font mous.

- Kjvmlnrz, bredouille-t-il du mieux qu’il peut.

Il est ridicule, mais l’ignorant, il poursuit :

- ‘pelle Edgar, Edgar Marlow, fait sa voix pleine de trémolos.

Elle avance son jolis minois, effleure ses doigts en tapinois.

Et tandis qu’elle s’approche, Edgar conclut qu’elle est très loin d’être moche.

- Z’avez un problème, m’dame ?

Il se décontracte. Plus le moment de perdre ses moyens, la belle pouvant améliorer les siens.

Elle semble hésiter. La miss joue les actrices.

Elle sait très bien pourquoi elle est là.

Elle pose un index sur un coin de sa bouche.

Son geste fait mouche, puis elle accouche :

- Je crois que mon mari me trompe.

Edgar pique un fard. Des souvenirs affluent du fond de sa mémoire.

Ca lui rappelle sa propre histoire. Sûrement pas un hasard.

Si sa vie manque sérieusement de piment en ce moment, c’est qu’il n’y a pas si longtemps, sa propre femme, Greta, l’a soupçonné d’infidélité et lui a claqué la porte au nez.

Etre volage a son âge !  Enfin.

Il a bien contesté, mais Madame s’est entêtée, lui faisant la promesse de prouver un beau jour son indélicatesse.

Il a prêté serment, mais elle est sûre qu’il ment.

Depuis, il s’entraîne à oublier ses sentiments.

Justement la dénommée Crystal est tout ce qu’il lui manquait pour parvenir à cette fin.

Qu’elle soit mariée n’est pas véritablement une très bonne nouvelle.

Qu’elle soupçonne son mari d’aller voir ailleurs en est une bien meilleure.

Il la considère d’un nouvel œil lorsqu’elle entrouvre son porte-feuille.

Voilà une affaire en or. Sa patience a fini par payer.

Il extrapole, se met à espérer.

Il se voit finir au bras de la pépé, son mari rayé de sa vie, avec en poche le plein de dollars et plus de misères.

Il prend l’argent qu’elle lui tend et jure sur son honneur d’homme qu’il mettra la vérité à nu.

Elle le regarde, sa bouche se tord :

- J’espère connaître le même sort.

Le cœur d’Edgar bat à cent à l’heure, sa pomme d’Adam fait l’ascenseur.

Il la regarde s’éloigner sans un mot.

Pour lui, rien n’est plus beau.

Lorsqu’elle ferme la porte, son absence l’insupporte, mais comme pour le consoler, son parfum parfait vient l’enivrer et l’emmitoufle.

Il devient une main dans un moufle.

- C’est fou ce qu’elle sent bon, la lady.

Il secoue la tête et repense à ce qu’elle a dit.

Y a du pain sur la planche. Finies les vacances.

Edgar s’étire, se sent redevenir leste. Fini de faire la sieste.

Il fouille dans les placards, ouvre une tonne de tiroirs et finit par trouver son bonheur vers une heure.

Un appareil photo. C’est tout ce qu’il lui faut.

 

 

Le crachin crépite, rendant les trottoirs humides brillants comme des pépites.

Edgar Marlow observe une devanture, à l’abri dans sa voiture.

Il jure, crache injure sur injure.

Il est en train d’épier le mari sorti depuis midi  alors qu’il pourrait savourer la compagnie de sa nouvelle amie.

La merveilleuse Crystal.

Rien que de songer à elle, son cœur s’emballe.

Il se résigne. Avant tout, il doit se montrer digne.

Il la chasse de sa tête et se concentre sur son enquête.

Une voix jaillit à six heures :

- Salut Edgar le looser !

Le détective connaît cette voix. Il se retourne et contemple, assis à l’arrière, un homme sec dans un costume impec.

Perdu dans ses pensées, il ne l’a pas entendu entrer.

- Roger le Rapide !

Vieille connaissance de Marlow. C’est vraiment pas de pot.

Le type n’a ni sa langue dans sa poche, ni le cœur sur la main.

Et surtout, il a la gâchette facile.

Comme pour le rappeler à Edgar, le filou dégaine un vieux revolver qui a du faire les deux guerres.

- On va faire un tour et c’est pas une invitation.

Edgar tempête intérieurement. Manquait plus que ça !

Décidément, rien n’est jamais acquis d’avance.

Se faire trouer la peau alors que sa belle l’attend, c’est trop !

Problème.

Le privé est privé d’arme. Il n’a que son appareil photo.

Un polaroïd.

Il le dégaine et tire à bout portant.

Le flash aveugle Roger.

Edgar s’empare de son silencieux et le fait taire à jamais d’une balle dans le buffet.

Plus de problème.

L e détective sourit en dévisageant le cadavre.

Juste comme il se retourne, il aperçoit une femme se jeter au cou du mari de Crystal.

Il sourit derechef et tire à nouveau.

Avec son appareil photo.

 

Le soir.

Il est dix-neuf heures ou peut-être plus tard.

Le bureau de Marlow Edgar est plongé dans le noir.

Le détective pousse la porte.

La joie le transporte.

Les clichés compromettants sont dans sa poche et l’heure d’arrivée de sa dulcinée approche.

Il s’arrête à son bureau. Sa main tâtonne sur le plateau.

Trouvant l’interrupteur, il l’actionne.

La lampe bronzée diffuse sa lumière familière et éclaire le visage radieux de Crystal sise à sa place.

Entre ses doigts délicats elle tient un cigare.

Elle l’allume et le tend à Edgar.

- A notre victoire !

Une bouteille trône sur le plateau.

C’est du vin cuit, mais c’est un très grand crû.

Edgar n’en croit pas ses yeux. Les dieux ont exaucé ses vœux.

Crystal sourit et se lève.

D’un geste expert son manteau elle enlève.

Elle porte une robe au décolleté étudié.

Il se recule. La peur soudain l’accule.

Avec une souplesse inédite, elle s’assoit sur le bureau et l’invite :

- Je suis à toi, désormais !

Le regard d’Edgar s’égare.

Dans sa tête résonne le rugissement d’une lionne.

Son cœur s’affole. A sa chemise sa peau se colle.

Il avance dans un état second et se penche, baigné d’émotions.

Leurs mains épousent leurs joues.

De la pudeur leur amour se joue.

Leurs lèvres se caressent, découvrent la tendresse.

Leurs bouches se touchent et d’un baiser accouchent.

Ce baiser ! Il semble à Edgar si familier.

Il se recule. Derechef, la peur l’accule. Il est incrédule.

Telle une tigresse, Crystal se redresse.

D’un geste brusque, elle arrache sa perruque et découvre une chevelure mordorée. D’un autre, elle éponge le savant maquillage qui a transformé ses traits.

C’est une autre femme qui dévisage à présent le détective éberlué :

- Je t’avais dit que je prouverai ton infidélité !

Les yeux d’Edgar s’écarquillent. Il vacille.

- Greta !

Et c’est la chute.

Terrassé par l’émotion, il t

 

- Merde, s’exclame Holly Wood. Le ruban est mort !

La romancière invective vertement sa machine à écrire pour le moins vétuste.

Et pour couronner le tout, Roger, l’insupportable perroquet de son mari, se met à répéter ses dires.

Holly n’a plus beaucoup de temps pour boucler son histoire.

Et sa maison d’édition lui met la pression.

Elle sourit. Peu importe.

Ce n’est pas la première fois. Elle sait qu’elle a du talent  et son patron le sait aussi.

- Alors chérit, ça avance ?

Edgar Wood s’installe dans le canapé.

Il pose son cigare dans le cendrier et déplie son journal.

- On ne peut mieux. Tu n’imagines pas à quel point je suis inspirée.

Holly Wood défait sa somptueuse chevelure mordorée qui ondoie et dans laquelle le regard d’Edgar ne se noie plus depuis longtemps.

Trop longtemps.




 

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Commentaires

L'exercice de style est juste énorme. L'ambiance est Shoah, je me suis revu dans le bureau du détective de Roger Rabbit, avec la femme en cartoon apparaissant derrière la porte.

Écrit par : Jartagnan | lundi, 30 mai 2011

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L'iPad c'est bien mais ça corrige n'importe comment...

Il faut donc lire l'ambiance est sympa... Désolé

Écrit par : Jartagnan | lundi, 30 mai 2011

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cool ! L'ambiance est shoa, c'était marrant pourtant !!! Lol

Écrit par : greg armatory | lundi, 30 mai 2011

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