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mercredi, 29 octobre 2014

Vie Sauvage [Cinéma/Critiques]

vie sauvage

Adapté de l'Affaire Fortin, Vie Sauvage de Cédric Khan raconte en premier lieu la déchirure d'un couple, puis l'existence en marge de Paco, le père, et de ses deux enfants jusqu'à l'âge adulte alors que faisant fi de la décision de justice, il décide de les emmener avec lui hors des sentiers battus, à tous points de vue.

Mathieu Kassovitz (L'Ordre et la Morale) n'a aucun mal a convaincre dans le rôle de ce père pétri de convictions, qui, se sentant acculé, décide de mettre la loi au pied du mur, quitte à se faire loi lui-même et à l'imposer jusqu'au bout, ce qui ne sera, bien sûr, pas sans conséquence, ni pour lui, ni pour sa famille.

L'interprétation juste de tous les comédiens suscite une vive émotion que les évènements soient porteurs d'espoir et d'une beauté euphorisante ou qu'ils soient de nature plus violente et dramatique.

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En fait dès les première minutes du film, le réalisateur prend le parti d'aller à l'essentiel et en allant ainsi dans le vif du sujet nous implique efficacement sans jamais nous lâcher en cours de route. On est rivé à chaque personnage dont le destin nous interpelle, nous révolte, nous émeut, mais jamais ne nous indiffère. On ne s'étonne donc pas de retrouver les frères Dardenne au générique en tant que producteurs, eux qui se sont spécialisés dans le cinéma vérité.

On comprend que l'idéal que cette expérience peut représenter au départ finit par ressembler à toute autre : un mélange intime d'enfer et de paradis, de délivrance et de résignation qui n'est jamais que le reflet de l'esprit humain altéré inéluctablement par le temps qui passe.

Malgré toutes ses qualités indéniables, le film de Cédric Khan peut souffrir cependant de deux lacunes heureusement relatives : une ellipse quant à l'apparition et la disparition de Céline dans la vie de Paco, même si dans le deuxième cas une scène particulièrement poignante laisse deviner facilement la suite des évènements. Et aussi et surtout le point de vue de Nora, la mère, pendant toutes ces années où elle a été privée de ses deux fils. On se dit que peut-être d'un point de vue cinématographique c'était un compromis à faire ou bien les informations à ce sujet n'étaient pas assez nombreuses. Le livre "Hors Système, Onze ans sous l'étoile de la liberté" écrit par Xavier Fortin et ses deux fils, Shai Yena et Okwari, apportent peut-être d'intéressants éclairages même si encore une fois la narration provient du côté paternel.

On ne peut en tout cas s'empêcher de songer que le fait que Nora ait elle-même enlevé les enfants à leur père au tout début lui a valu d'être punie au centuple. Le dénouement n'en est que plus bouleversant lorsqu'on imagine ce qu'elle a pu endurer. Impossible de ne pas y être sensible.

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La loi et la justice sont régulièrement remises en question au long du film dans le discours plutôt pertinent de Paco que reprendront d'ailleurs ses enfants à un moment fatidique. Si certaines règles sont essentielles pour préserver la sécurité, il est évident qu'elles ne peuvent s'appliquer à tous les cas de figure et que le libre-arbitre est mis à mal dans une société qui se veut pourtant démocrate. La scène où Paco dénonce la suprématie du carré dans un monde où naturellement il est banni sert facilement d'illustration. Mais en dépit de sa philosophie, on constate que Paco flirte très souvent entre liberté et dictature. Il lui arrivera d'ailleurs plus d'une fois d'être lui-même en contradiction avec ses principes.

Au-delà du cas véridique et exceptionnel que le film dépeint avec une force et une simplicité exemplaires, c'est aussi l'occasion pour chacun(e) de réfléchir sur les choix que ses propres parents ont fait dans l'intérêt de leurs enfants ou dans le leur, ce qui n'est pas si facile à démêler, même avec le recul qui s'impose. Et évidemment amène aussi à s'interroger sur les choix que nous pouvons faire à notre tour en tant que parents.

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L'enfance, quel qu'elle soit, est l'argile qui façonne le futur d'un être humain. C'est une responsabilité qui amène forcément des sacrifices et se souvenir que le modèle de vie dont on rêve n'est pas forcément celui de tous ceux qui nous entourent est primordial pour préserver la justice au sein de sa propre famille. Montrer l'éventail de choix, mais ne jamais en imposer un seul, reste sans doute l'attitude la plus sage à adopter. Une question plus que jamais d'actualité à l'heure où notre société est en pleine mutation.

 

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