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mardi, 08 avril 2014

Django Unchained [Cinéma/Critiques]

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Auréolé d'un énorme succès autant critique que publique, le dernier Tarantino a semblé faire l'unanimité. Pour autant, il est toujours intéressant après un tel raz de marée médiatique qui laisse peu de place à la nuance de se pencher sur l'oeuvre avec un regard vierge et un esprit simplement curieux.

Après un Boulevard de la Mort excessivement lent, poussif et bavard où l'on sentait clairement que Tarantino cherchait avant tout à se faire plaisir et un Inglorious Bastards plus roboratif et inspiré, mais loin du western de la 2nde guerre mondiale annoncé (quasiment aucune scène d'extérieur, le concept des Bastards devenant anecdotique), Tarantino nous livrait cette fois un véritable western, toujours gorgé de références à ces amours cinéphiles de jeunesse en l'occurence le Django original.

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Le film contient de bonnes idées comme cette improbable collaboration d'un chasseur de primes/dentiste et d'un esclave/tueur né. Mais diluées dans une mise en scène paresseuse, on les oublie très vite.

Sur le papier l'histoire a tout pour séduire : Un esclave libéré par un chasseur de primes devient mercenaire à son tour et ensemble ils décident de libérer la femme du premier retenue captive dans la propriété d'un esclavagiste sans pitié.

Lorsqu'on sait que la dite histoire va être dirigée par Tarantino et incarnée par un casting en or, impossible de se dire que le film va passer à côté de son potentiel. C'est malheureusement le cas.

Pour commencer, parlons du héros, le fameux Django dont le D ne se prononce pas. Et bien le premier défaut le concernant qui saute aux yeux c'est que rien n'est fait pour le rendre attachant, crédible. C'est le héros, on le sait, c'est évident, mais son combat ne suscite jamais ou presque l'émotion encore moins la révolte. Le personnage est vide, creux. Il passe du statut d'esclave à celui de pistolero à la vitesse d'une balle. Là où on aurait pu espérer une forme d'apprentissage qui aurait permis de donner une épaisseur, une proximité au personnage on a droit à une formule expéditive, symptomatique de la simplicité qui caractérise l'ensemble de l'oeuvre. 

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Jamie Foxx (Amazing Spiderman 2) aux côtés de Franco Nero (méchant dans 58 Minutes pour Vivre), le Django original.

Même l'évocation du passé du couple est ratée car réduite à sa plus simple expression. En fait le problème est simple : Tarantino n'a mis de l'émotion nulle part. On ne croit pas au couple car leur amour n'est jamais représenté à l'écran, et comme on ne croit pas au couple, on ne se sent pas concerné par leur histoire pourtant dramatique. Kerry Washington qui joue la femme de Django a beau être malmenée, on ne souffre pas pour elle ni à la place de Django, témoin forcé. On regarde passivement les scènes clés comme autant de tentatives vaines de la part de Tarantino de susciter un trouble, une tension, de construire un climax comme il avait réussi brillamment dans Inglorious Bastards. On comprend toutes les intentions, mais il n'y a aucune âme dans ce que l'on voit. Tout reste désespérément vain. La magie n'opère pas, on voit trop les ficelles. Tarantino se contente de filmer, de raconter. Il ne parvient pas à insuffler l'énergie, le feu qui caractérisent ses oeuvres passées.

Car Django Unchained est une histoire de vengeance et le thème est loin d'être inconnu au cinéaste qui nous a régalé avec son diptyque Kill Bill. Si Django avait été tourné avant Kill Bill, on aurait pu être plus clément à son encontre. Mais ce n'est pas le cas. Et au moment où on s'attend à voir le génie d'un passionné imbiber la pellicule avec autre chose que de grosses giclées de sang qui finissent par faire sourire, on assiste, perplexe, à une sorte de démo de luxe. On a l'impression de voir ses débuts. Oui on croirait que Tarantino, vidé lui-même de sa substance, nous ressert ses anciennes recettes, nous pond un best of déguisé, tourne en rond car il n'a finalement rien à dire de nouveau. Jusqu'à s'auto-plagier ? Oui, carrément.

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Don Johnson, méconnaissable, compose un riche maître de plantation qui va apprendre à composer justement.

Le mercenaire joué par Christoph waltz ressemble trop à son personnage de Nazi de Inglorious Bastards. Il est peut-être du bon côté cette fois, mais cela devient un détail en regard des manières et des discours empreints de la même onctuosité qui finit par agacer. Mais la ressemblance ne s'arrête pas là. Car Tarantino se permet même de reprendre une astuce narrative de Inglorious Bastards : le changement de langue. Et pour les mêmes fins. Empêcher d'être compris par un tiers caché à proximité. C'est quand même un signe qui ne trompe pas.

Et comment ne pas voir dans le repas emblématique réunissant tous les personnages, une tentative de reproduire maladroitement l'intensité crescando de Inglorious ? Sauf que le résultat est non seulement prévisible, comme tous les rebondissements du film d'ailleurs, mais infiniment moins percutant. Une sorte de version allégée.

En gros, si vous n'avez jamais vu un Tarantino,  Django Unchained est idéal. Vous apprécierez ou non le style de l'auteur, mais vous ne souffrirez pas d'y voir un manque évident d'inspiration et de saveur.

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Dicaprio : look dément, mais interprétation bridée par un scénario qui manque de souffle.

Vous me direz : Et Dicaprio (Inception, Les Noces rebelles) en méchant, ça doit le faire quand même ! Ca c'est une putain de bonne idée qu'on peut pas lui enlever ! Effectivement, c'était d'ailleurs le premier argument qui me donnait envie de découvrir le film. Mais même à ce sujet, impossible de ne pas ressentir une certaine frustration. L'acteur donne toute la mesure de son talent, allant jusqu'à continuer une scène malgré une blessure, mais à l'image du film on sent bien que son personnage est réduit, limité et qu'il n'exprime pas totalement sa folie.

Heureusement, la folie et la surprise sont quant même bel et bien au rendez-vous ? Où donc ? Et bien sur le visage et dans la voix de Samuel Jackson (Avengers, Iron Man 2, Incassable), qui, s'il n'avait pas le CV qu'on lui connait, pourrait faire figure de véritable révélation. C'est bien simple, il est méconnaissable à tous points de vue, on ne l'avait jamais vu ainsi. Non seulement, il est incroyablement crédible dans ce contre-emploi de serviteur totalement servile et corrompu, mais son interprétation offre le seul véritable intérêt du film. La seule chose qu'on ne regrette pas, c'est lui. Il est parfait. C'est à se demander si Tarantino n'as pas construit un scénario prétexte autour de lui tellement il sublime tout le reste. Pour se faire pardonner de l'avoir sous-employé dans Kill Bill 2 ? En tout cas une initiative salutaire à plus d'un titre.

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Appréciez ce regard noir de Samuel Jackson, c'est là seuls que résident le génie et la folie, grands absents de ce Django Unchained, qui n'a de déchaînée que l'ambition.

 

Dédicace et remerciements à Rémy/Mémoires de Joueurs sans qui, sans doute, cette critique serait restée dans... ma mémoire !

 

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Commentaires

Pour ne pas oublier : merci
Pas tant pour la dédicace même si elle fait plaisir, mais surtout merci de mettre en lumière la médiocrité relative de Django Unchained dans l’œuvre de Tarantino. Qui sait, peut-être qu'un jour après l'avoir revisionné j'aurai le courage de le critiquer à mon tour et exprimer mon désappointement.

Tu soulignes très bien tous les défauts de cinéma de ce film, mais je crois qu'il manque à ta critique une "clef", son rapport au racisme et à sa place dans l'histoire et la culture américaine. Déjà avec Inglourious Baterds Tarantino s'est attaquer à une chose qui était absente de son oeuvre jusqu'à présent c'est le Histoire avec un grand H, la grande histoire. Par "chance" la page historique que Inglourious traite est proche de nous et surtout elle nous concerne nous spectateurs européens. Malgré cela je trouvais déjà avec ce film que l'esprit à la créativité protéiforme de Tarentino avait du mal à transcender le réel pour donner naissance à un grand film.

Avec Django Unchained j'ai la sensation que c'est la même chose, l'Histoire, le réel, écrase l'ambition cinématographique du réalisateur. Et là il s'est attaquer à un pan très important de l'histoire américaine : l'esclavage. Et n'arrivant pas à transcender son ambition au travers d'un cinéma "d'auteur" j'ai la sensation que Tarantino n'arrive pas à faire partager une vision ; tout au plus il partage un regard, son regard, sa façon de regarder son Histoire.

Utiliser DiCaprio comme un méchant, grande idée, bonne idée mais fausse bonne idée aussi non ? Ne trouves tu pas que DiCaprio a du mal à se départir de son image de "bon" et du coup personnellement je me suis senti mal à l'aise avec son racisme ostentatoire parce que je n'arrivais pas à à saisir le point de vu du réalisateur. Dans Le Boulevard de la mort la violence de la vengeance trouve une expression "logique" parce qu'elle s'inscrit dans une tradition du revenge movie que l'on sait comprendre. Mais là je n'arrive pas à savoir si c'est bien une dénonciation, ou si Dicaprio avec son charisme exprime une revendication légitime du racisme. Bref n'étant pas habité par l'histoire de l'esclavage au états unis j'ai eu l'impression que le film ne me parlait pas et qu'il n'arrivait pas à me concerner

Écrit par : virtuel rémy | mardi, 08 avril 2014

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Oui très juste j'y ai pensé après coup. En fait sur Django, Tarantino n'a pas réussi à trouver l'équilibre entre point de vue historique, thématique et film de divertissement. Il y a c'est vrai des éléments intéressants dont justement le personnage de Samuel Jackson qui montre un aspect auquel on ne pense pas du tout quand on parle de l'esclavage : le noir qui devient blanc ! Et même pire que le blanc !

Pour ce qui est de Dicaprio ce que tu dis je crois que je l'exprime d'une autre façon : on sent que son personnage est bridé, qu'il ne se dévoile pas complètement et donc on ne le comprend pas, il manque des pièces au puzzle, mais il en va ainsi de tout le film, non ?

Écrit par : Greg Armatory | mardi, 08 avril 2014

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