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lundi, 29 octobre 2012

Beyond Humanity 2 : Un Cadeau Empoisonné [Nouvelles/Anticipations]

 

 Lire Beyond Humanity 1 : Des Jambes en Or

 


- On est bien ensemble, hein ?
Nasa était allongée à côté de Jimmy, sur son lit. Ils fleurtaient depuis des années. Même si l'accident de Nathan les avait rapprochés plus vite que prévu, ils avaient continué à cacher leurs sentiments derrière les apparences d'une solide amitié.
Il s'était enfin décidé à l'inviter dans sa chambre, son sanctuaire de célibataire. 
Ils frottaient à présent leurs jambes cyber avec sensualité, le rouge et l'or éclatants se mariant allègrement avec le blanc épuré. Des capteurs intégrés envoyaient des ondes directement dans leur cerveau, le saturant d'adrénaline. Remède idéal pour pallier à la timidité et à l'inhibation adolescente.
Du moins, c'est ce qu'affirmait le fabriquant, qui omettait bien volontiers le fait qu'il fallait surtout compenser l'absence de peau et de stimuli naturels.
- On est bien ensemble, hein ?
Jimmy l'entendit à peine. Il se noyait dans ses yeux. Leurs visages n'avaient jamais été aussi proches l'un de l'autre. Il pouvait sentir son parfum aux essences de fleur, son haleine légèrement épicée ainsi que ses cheveux bruns aux effluves de miel et de lait. Sa peau était ambrée, ses yeux noirs comme le charbon et ses lèvres fines esquissaient un sourire mutin qui le tétanisait. Le désir qu'elle avait pour lui semblait s'échapper par tous les pores de sa peau. Etait-ce le bon moment pour passer un cap dans leur relation ?
Comme pour se libérer du poids de cette question, il se rappela celle qu'elle venait de lui poser.
- Oui, c'est vrai.
Sa main caressa le rebondi de sa joue, puis remonta jusqu'à sa tempe où elle s'attarda comme pour en extraire un secret enfoui.
- Mais...
Elle le dévisagea, alarmée.
- Mais quoi ?
- Mais ce serait mieux si j'avais un implant, moi aussi, n'est-ce pas ?
Son sourire se flétrit.
- Je ne t'ai jamais mis la pression.
- Oui, c'est vrai, mais j'ai toujours senti que ça te gênait que j'en ai pas. Le regard des autres...
Elle fronça les sourcils et ses joues s'empourprèrent.
- Le regard des autres ? Je me fous du regard des autres. C'est juste que ce serait plus pratique. On pourrait se parler quand on veut, et même être connectés 24h/24. Ils viennent de rajouter une antenne réseau dans le quartier. La connexion est super bonne, maintenant.
Jimmy tordit sa bouche.
- Peut-être, mais ça dépend pas que de moi. Un implant, c'est pas gratuit.
- Mais justement, tes parents, ils peuvent pas t'aider ? Tu vas bientôt être majeur. C'est le moment où jamais.
Il caressa à nouveau sa tempe. Ses doigts sentaient la légère protubérance de l'implant fixé sous la peau. Il se sentit tout à coup plus vierge encore qu'il ne l'était réellement. Elle dut le deviner car elle ajouta :
- Moi je l'ai eu plus tôt grâce à mon père. Mais je sais très bien que c'est pas donné à tout le monde.
Il soupira.
- C'est pas donné tout court. Même les premiers prix sont inabordables pour les classes moyennes. Mes parents gagnent pas assez. La voiture commence à déconner. S'ils doivent investir, ce sera sûrement pas dans un gadget à la mode.
Elle se redressa, comme piquée par une guêpe :
- Un gadget à la mode ? C'est vraiment ce que tu penses ?
Il s'éclaircit la gorge, conscient qu'il y avait été peut-être un peu fort. Mais il savait qu'il était dans le vrai et il tenait à le lui faire savoir.
- Avoue qu'ils font tout pour rendre ça indispensable. T'as vu leur dernière pub ? C'est abusé ! Moi, depuis mes jambes, j'ai rien eu, rien demandé. Et ça me va très bien. Si on se donne pas de limite, à quoi on va ressembler à la fin ? A Zéro-One ?
Zero-One était un comics très populaire. Le héros était un cyborg qui flinguait en direct et sans état d'âme les humains qui avaient refusé le port d'extensions synthétiques ou qui n'avaient pas eu les moyens d'en avoir. Parqués comme des animaux dans des ghettos en périphérie des villes, ces bannis de la société survivaient comme ils pouvaient, en attendant le prochain show télévisé qui scellerait leur destin. Ceux qui se considéraient toujours comme les vrais humains les avaient baptisés les Déchets.
Cette histoire fantaisiste donnait lieu évidemment à de nombreuses interprétations et débats. Son auteur, lui, se contentait de répondre qu'il écrivait ni plus, ni moins, l'avenir de l'humanité.
Au lieu d'être sensible à cet argument, Nasa en profita pour changer de sujet :
- Tu sais qu'on dit que Nike Thompson s'est pas suicidé et qu'en réalité le Zéro-One des spots TV, c'est lui !
- Et la vidéo de son soi-disant accident ?
- C'était truqué. Un geek a prouvé qu'elle avait été retouchée.
- Dans quel but ils auraient fait tout ça ?
- Pour justifier sa disparition. Il en avait marre du foot. Il voulait passer à autre chose. Quand tu revois certaines de ses interviews, c'est super explicite.
Jimmy haussa les épaules.
- Ouais, bah, peu importe qui est Zéro-One, j'ai aucune envie de lui ressembler, en tout cas.
- Personne ne te le demande.
Jimmy grimaça.
- Personne à part tout le monde.
Nasa souffla d'exaspération :
- T'es chiant, Jimmy ! C'est le progrès, c'est tout. Et puis, tu veux rester avec moi, oui ou non ?

- Un implant ?
Jimmy observa l'objet argenté dans sa main. Il n'était pas plus long qu'une gomme.
- Tu as dix-huit ans, dit son père. Non ?
Le garçon n'en croyait pas ses yeux. Il pensait que ses parents n'auraient jamais les moyens de lui en offrir un si tôt.
- Mais je pensais que c'était trop cher pour vous.
Sa mère lui offrit son plus beau sourire.
- J'ai mis de côté exprès. Je voulais te faire la surprise.
- Et moi, ajouta son père, j'ai eu une augmentation grâce à mon ancienneté dans la boîte. On s'est dit que c'était l'occasion ou jamais.
Jimmy les embrassa.
- Merci, je sais pas quoi vous dire.
- Et bien, dit son père, dit juste merci.
- Alors merci à vous deux. C'est un super cadeau d'anniversaire. C'est Nasa qui va être contente.

Nasa fut effectivement très heureuse d'apprendre la nouvelle. D'autant que les grandes vacances arrivèrent et que leur programme respectif les empêcha de se voir durant presque deux mois. Heureusement, l'implant de Jimmy leur permit d'être ensemble autant que possible.
A la fin du mois d'août, elle l'appela. La tempe de Jimmy s'enjoliva d'un point bleu lumineux, preuve qu'il était connecté.
- Tu crois qu'on pourrait se voir ? s'enquit-elle avec espoir.
- Aujourd'hui ?
- Oui.
Nasa et Jimmy se croisèrent dans la rue au milieu d'une foule de gens, eux aussi connectés. Ils ne s'en aperçurent même pas.
- Non, aujourd'hui, je peux pas. Mais je t'appelerai dès que je serai disponible. Je t'embrasse.
Puis il répondit à un autre appel, grisé par ce sentiment nouveau d'être relié au monde entier.

Nasa mourut une semaine plus tard à cause d'une mise à jour défectueuse de son implant. Son cerveau implosa.
Jimmy n'en sut jamais rien. Pour lui, son silence se résuma à une simple connexion impossible.
Et qu'est-ce qu'une connexion impossible au milieu de milliers d'autres possibles ?


Bienvenue dans un monde où la Technologie et l'Homme ne font plus qu'un.

Ce monde existe déjà. C'est le nôtre :

 

 


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Commentaires

J'aime beaucoup la façon dont tu as su passé d'une histoire à l'autre : un peu comme une fresque composée de plusieurs tableaux que l'on regarderait successivement. L'histoire fonctionne parfaitement et nous semble crédible. Mais il y a, à mon sens, un déséquilibre qui se créé à la fin de l'histoire, une précipitation dans le fait de vouloir allez à la fin de l'histoire. Je pense que la fin est trop précipitée, pas trop brutale car c'est le sujet de l'histoire qui veut ça, mais juste trop rapide. Ce n'est bien sûr que mon humble avis et cela ne remets pas en cause l'excellente qualité d'écriture dont ut es maintenant coutumier.

Écrit par : Hervé | mardi, 30 octobre 2012

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