Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 17 mai 2018

Ma Vie pour Elle [Nouvelles/Drames]

Ma Vie pour Elle.jpg

C'était devenu un rituel pour lui.

A 12h12, il prenait sa pilule et soupirait très fort.

Puis il regardait l'horizon. Peu importait le moment de la journée, il savait que c'était l'aube d'une nouvelle ère. Et de s'en savoir responsable ne le rendait pas peu fier.

Il détailla le champs de fleur s'étendant à perte de vue devant lui et observa un arbre non loin comme s'il découvrait l'existence du règne végétal. Toutes ces couleurs, ces formes ravissaient son esprit. Il avait l'impression de pouvoir enfin profiter pleinement des splendeurs du monde.

Des abeilles bourdonnaient au-dessus des fleurs. Des créatures que la majorité avait considéré comme insignifiantes. Il s'en était fallu de peu qu'elles disparaissent et avec elles un équilibre savamment élaboré.

C'est cet équilibre menacé, cette perfection atteinte en son coeur par des êtres qui n'en avaient plus qui l'avaient poussé à entreprendre cette opération radicale.

Quand même les gouvernements encourageaient l'extermination des espèces, il n'y avait plus loisir d'hésiter sur la méthode. Elle ne pouvait être plus discutable, plus condamnable que celle protégée par des lois aveugles et des citoyens sourds à cette menace.

Des abeilles bourdonnaient au-dessus des fleurs, improvisant un ballet dont il ne perdit pas une miette.

Et les splendeurs du monde pouvaient enfin profiter pleinement de leur existence.

Un signal sonore familier l'arracha à son ravissement. Il grogna et aussitôt après sourit nerveusement en découvrant l'écran de son téléphone. Il y en avait un pas loin. Ce signal était tout autant une bénédiction qu'une malédiction.

Il vérifia son pistolet à fléchettes et avant de repartir en croisade eut un regard empli de tendresse envers cette nature redécouverte :

- Je reviendrai vous voir bientôt. C'est promis.

Il vérifia les batteries solaires de son mini-jet et monta à bord. Il grignota une barre énergétique et décolla sans un bruit.

Voir la terre du ciel était un ravissement supplémentaire et de savoir qu'elle serait bientôt débarrassée de tous les parasites qui la rongeaient depuis des millénaires ne pouvait que rendre cette vision plus belle encore.

Il atterrit à l'entée d'un canyon. Là, à l'ombre d'un rocher en surplomb, étendu sur le sol, un homme d'une trentaine d'années gémissait en se tenant la jambe.

- Dieu soit loué. Je suis tombé, je crois que ma jambe est cassée.

Mais l'état de son épaule était plus inquiétant encore.

- Qui vous a fait ça ?

- Un couguar.

Son sauveur sourit. Mais cela n'avait absolument rien de rassurant.

Il produisit un pistolet à fléchettes.

- Vous allez endormir la douleur, c'est ça ?

Son sauveur acquiesça et lui tira une fléchette dans la tête.

L'homme ouvrit la bouche, stupéfait avant de se figer dans cette position. Sa douleur et son inquiétude cessèrent de même que ses fonctions vitales.

Le point rouge sur l'écran du téléphone disparut.

- Un couguar.

Le sauveur redressa la tête et sourit de plus belle.

 

La cible suivante nécessita plus de temps pour la trouver. Heureusement les batteries se rechargeaient vite. Il fallait bien que le réchauffement climatique ait du bon.  

Le sauveur ne put s'empêcher de sourire en se disant que le réchauffement facilitait d'une autre manière l'extermination complète de la race humaine, en permettant à son mini-jet de se recharger très vite pour qu'il termine le boulot du virus au plus tôt.

D'après ses calculs le nombre de survivants ne devait pas dépasser 0,00001%. Ce qui représentait approximativement 700 personnes si on se basait sur les 7 milliards de la population mondiale. Un chiffre moindre, un succès de mortalité presque total, mais qui exigeait malgré tout de lui encore des efforts et de la patience.

Il avait attendu tellement longtemps pour voir ce jour arriver. 

Ce qui le réconfortait c'était de savoir que plusieurs éléments externes, consécutifs à la catastrophe, le secondaient efficacement dans sa besogne comme les animaux sauvages ou le fait que privés de leurs ressources habituelles, les hommes devenaient rapidement très vulnérables. Le dernier qu'il avait rencontré témoignait de ce réjouissant constat.

Il y avait aussi un autre effet secondaire appréciable : les survivants se regroupaient quand c'était possible, ce qui forcément lui facilitait la tache. Et justement plusieurs points étaient apparus sur son écran, très proches les uns des autres. Ils ne se méfieraient pas de lui. Personne ne le faisait. Pourquoi le ferait-on ?

Ils avaient trouvé refuge dans un camping-car en plein désert. Ils étaient six. Trois adultes, deux adolescents et un bébé. Une famille ? Il s'en moquait. Il n'était pas là pour le recensement, ou alors un recensement très particulier. Prolongement inconscient du flot de ses pensées, il esquissa ce sourire lugubre, inadapté pour une telle rencontre. Il savait qu'il devait faire un peu attention, mais c'était plus fort que lui. Il avait atterri loin des regards, il ne fallait pas lui en demander plus en matière de précautions.

Une adulte l'accueillit chaleureusement, lui tendant un verre d'eau. Un adulte (son mari ?) considéra froidement son geste autant que l'arrivée du visiteur, mais elle l'ignora superbement. Le visiteur lui sourit sincèrement et but l'eau fraîche. Il décida de la tuer en premier pour la remercier.

 

Il s'éloigna du camping-car, mais avant d'avoir pu atteindre son mini-jet, ses jambes flageolantes se dérobèrent sous lui et il s'abattit au sol en même temps qu'il vomit.

Un nouveau-né.

S'il avait déjà ôté la vie à un certain nombre de personnes, là c'était autre chose. Sur le moment, il n'avait pas réfléchi, son arme à fléchettes faisant son oeuvre comme le digne prolongement de son infaillible volonté. Pas de balle, pas de recul, pas de détonation, pas de sang, la mort toute en douceur pour sa cible comme pour lui.

Et jusqu'à maintenant cela avait très bien fonctionné.

Pourquoi n'avait-il jamais songé qu'il pourrait tomber sur un nouveau-né ? Sans doute parce que cela l'arrangeait.

Il se redressa péniblement sur un coude, essuyant sa bouche avec mépris. Il se demanda s'il ne ferait pas mieux de transformer son pistolet en fusil à lunette pour tirer à bonne distance et s'épargner des crises de culpabilité malvenues. Avant de rejeter cette idée.

Il savait pourquoi il avait choisi de faire face à ses cibles, à bout portant. Ainsi, il était à même de vérifier qu'elles passaient bien de vie à trépas. Il avait conçu lui-même le poison, indolore et instantané, mais deux précautions valaient mieux qu'une.

Personne ne devait s'en sortir, aucun humain, qu'il soit homme, femme ou enfant. Balayer toute chance d'une renaissance, d'un espoir de civilisation. Plus jamais.

En remontant dans son mini-jet, il décida de gagner un endroit boisé pour se ressourcer. Il ne pourrait pas continuer sa mission avant cela.

 

La tempête le surprit en plein ciel.

Le vent et la pluie étaient des obstacles suffisants, mais quand les éclairs s'en mêlèrent, il décida d'atterrir au plus vite, d'autant que ses batteries expiraient.

Son détecteur lui apprit l'existence d'une grotte à proximité, idéale pour s'abriter, lui et son appareil.

Après plusieurs tentatives, il parvint à se poser. Il poussa le mini-jet dans la grotte et se laissa choir au sol, exténué, tandis que la tempête faisait rage.

Il somnola un peu, un sourire béat s'élargissant sur son visage tandis que les éclairs illuminaient l'entrée de son abri et que le tonnerre grondait comme un animal féroce dérangé pendant sa sieste.

La tempête avait cessé lorsqu'il s'éveilla. La tempête avait cessé  alors pourquoi entendait-il toujours le grondement du tonnerre ?

La patte de l'ours s'abattit sur lui sans autre avertissement. Il poussa un cri de douleur mêlée de surprise. La violence du coup le projeta contre la paroi contre laquelle il s'assomma. Il n'entendit pas la détonation qui le sauva d'une mort certaine.

Lorsqu'il reprit connaissance, la douleur de sa poitrine se raviva également, ignorant le pansement fait à la hâte. Il poussa un cri qui s'étrangla en réalisant qu'il n'était pas seul. Une femme armée d'un fusil de chasse le jaugeait du regard, si peu engageante qu'il regretta presque l'accueil de l'ours.

Elle braqua le faisceau de sa torche sur lui :

- C'est bien vous. J'étais sûr de vous connaître. Il y a donc une justice.

 

à suivre...

 

Ce blog c'est pas juste un passe-temps
j'y bosse dur tous les jours
Je ne te demande pas d'argent
mais juste en retour
un petit commentaire
Ce sera mon salaire
C'est plus précieux que ça en a l'air

Écrire un commentaire