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jeudi, 23 juillet 2015

Nous sommes tous beaux [Société/Photos]

 Nous sommes tous beaux

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Etre belle ou ne pas être... Et si la question ne se posait pas ? (Jan Saudek - Femme à la tête de mort). Dans les défiles de mode, les silhouettes filiformes sont la norme, au cinéma et dans les revues ce sont les courbes millimétrées. Il fut un temps où les rondeurs avaient la cote et s'affichaient ostensiblement en peinture. Mais dans l'absolu, aucun physique ne devrait avoir l'ascendant sur les autres, et ce, quelle que soit l'époque.

Normes, idéaux, standards, canons, clichés, références, modes, quel que soit le nom qu'on lui donne, c'est le même crime, celui qui crée des beaux d'un côté, des laids de l'autre, celui qui accuse et condamne une apparence alors qu'au même moment il en porte une autre sur un piédestal. Au nom de quoi ? De valeurs qui sont tout sauf objectives, de préférences majoritaires, mais majoritaires pourquoi ? Parce que alimentées en permanence, matraquées à coups de spots publicitaires, d'affiches, de défilés de modes, de magazines féminins et les femmes comme les hommes d'être convaincus dès le berceau que c'est la vérité et que tout ce qui dépasse ou ne se coule pas dans le moule qu'on a établi pour eux est à jeter et que si on y parvient pas c'est un problème.

Une simple idée, un point de vue, une définition reprise en choeur et par coeur à l'échelle mondiale. Et pour peu que l'on souffre d'un manque de confiance en soi, ce qui est courant durant la jeunesse lorsqu'on commence tout juste à se construire, ou suite à un traumatisme, cela peut vite devenir une source permanente d'angoisse, un mal de vivre qui nous gâche quelques années de notre existence...pour rien. Car bien sûr ce n'est pas notre faute, puisque ce n'est pas un problème.

Combien serions-nous à nous sentir bien dans notre corps si nous n'avions pas ce jugement suspendu au-dessus de notre tête telle une épée de Damoclès, si craint, si redouté, le regard implacable des autres qui nous condamnerait au premier coup d'oeil ?

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La silhouette ne devrait être qu'un repère, une simple information pour s'habiller en fonction de sa morphologie.

Nous avons tous des critères esthétiques, mais notre perception de la beauté n'est pas naturelle, elle est du coup fortement réduite à cause donc de ce conditionnement que nous subissons dès notre plus jeune âge. C'est implanté dans notre inconscient. Il nous suffit souvent de voir la silhouette d'une femme ou d'un homme pour que se déclenche immédiatement cet automatisme qui fera qu'on l'ignorera superbement ou qu'au contraire on lui prêtera un intérêt particulier.

Prendre conscience de cette forme d'asservissement est déjà en soi une évolution, un premier pas vers la liberté.

Photoshop, le meilleur ami de la beauté ? Plutôt le pire ennemi de la vérité. Certaines célébrités sont même retouchées à leur insu sur de simples couvertures de magazine télé comme Thomas Dutronc

Et puis il y a la beauté intérieure, oui la fameuse, celle qu'on évoque souvent avec ironie, comme si elle n'était qu'un simple pansement sur une jambe de bois. Pas de quoi rire pourtant, mais plutôt de se réjouir. Car quand on parle de beauté intérieure, on parle de quoi ? De la personnalité, du parcours de vie, des centres d'intérêt, de ce que justement une apparence ne peut pas révéler et qui fera que vous saurez réellement si vous et l'autre avez de sérieuses raisons d'être ensemble et sur vos chances de faire pendant longtemps un bon bout de chemin côte à côte. Elle a donc une importance capitale. Car si vous lui accordez l'importance qu'elle mérite, la beauté intérieure changera radicalement votre perception, elle rejaillira, vous faisant accepter, vous faisant aimer ce qui au auparavant représentait pour vous un élément rédhibitoire, une tare. Elle vous rendra meilleur en vous faisant voir l'autre tel qu'il est. Meilleur pour ne pas dire moins con. Ouais, un putain de super pouvoir.  Ce n'est quand même pas rien.

Car au final quand on rejette un physique, c'est moins le problème de l'autre que notre propre problème.

Risquer de passer à côté de la femme ou de l'homme de sa vie parce que nous obéissons servilement aux diktats de la beauté en vigueur, c'est quand même une sacrée bonne raison de s'en affranchir définitivement, non  ?

En Lien :

Un témoignage qui démontre à quel point les normes, quand elles sont déifiées, peuvent pousser la méchanceté et la connerie humaines à son paroxysme : J'étais juste allée courir quand...

En évoquant sa préparation sur le film Tootsie, Dustin Hoffman en profite pour révéler ce qu'elle lui a douloureusement appris sur la dictature des normes. Bouleversant, un enseignement capital pour tous les hommes.

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Viens donc voir la grosse madame

(au passage merci à E. pour son article et pour sa beauté qui m'a rendu moins con)

You are Beautiful, un projet photographique de Misery Artwork

Physical Feminism par Iris Brosch

 

 

 

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Commentaires

Je pense que les "normes" varient au fil du temps, mais seul un principe ne diffère pas : la discrimination. C'était par exemple le cas durant la Renaissance, où les femmes minces étaient perçues comme étant en mauvaise santé, souvent pauvres, voire même de "mauvaises moeurs". D'ailleurs, à cette époque, le canon de beauté absolu était représenté par une femme blonde, aux hanches larges et au teint très pâle (j'aurais du vivre au XVème siècle, moi !), comme en témoigne beaucoup d'oeuvres. Une norme a donc toujours discriminé ceux qui n'y correspondaient pas, quelle que soit la morphologie. Les modes évoluent, mais le rejet du modèle différent subsiste toujours bel et bien.

Malheureusement, l'image que véhicule la société sur ce que devrait être le corps de la femme peut rendre mal à l'aise celles qui ne rentrent pas dans ce schéma. Je crois même que cette représentation hante davantage l'esprit féminin que masculin : pas mal de femmes anticipent à l'avance la possible réaction des autres envers leurs corps, se créant ainsi des complexes qui n'ont parfois pas lieu d'être. Pour moi, ce fantasme de la silhouette a longtemps été un mal être, je crois que je souffrais même plus de mon propre regard sur moi que de celui des autres. Je pense tout de même que la femme garde ce statut compliqué où on l'encourage à être elle-même, tout en faisant défiler sur nos écrans des pubs amaigrissantes et des mannequins à la longueur de journées. Les hommes sont, à mon avis, moins touchés par ce diktat de la mode que peuvent être la gente féminine (même sur ce point, la parité n'existe pas vraiment !).

Pour ma part, je reste toujours plus sensible à la beauté intérieure, car aucun torse musclé ni aucun sourire en coin n'égalera ce que peut être la personne en elle-même dans son for intérieur. Je me souviens d'une phrase qu'on nous avait apprise en formation et qui m'avait parue très réelle à tous points de vue : "L'élégance, c'est au dedans de soi qu'on la possède, alors soyez vous-même". Une relation durable, amicale ou amoureuse, ne peut se construire que sur l'image du corps et ce qu'elle renvoie, c'est d'ailleurs pour ça que bon nombre de groupe d'ados réunis par leurs styles vestimentaires finissent par éclater quelques années après. Prendre en compte l'apparence, autant au niveau de la morphologie que de la manière de s'habiller, reste quand même très superficiel. On passe à côté de bon nombre de choses en réagissant ainsi, mais comment s'en vouloir ?

Actuellement, on nous formate à "trouver des gens qui nous ressemble", à ne surtout pas se mélanger, à regarder de travers celui qui n'est pas comme nous et qui représente l'inconnu. Encore que, je crois que cette façon de ne pas approcher ce qui est différent est finalement plus ou moins intemporelle.

Pour ma part, j'accepte désormais pleinement mes rondeurs, je m'habille comme je le souhaite sans ressentir l'envie ou le besoin de me cacher et de raser les murs. Je n'ai jamais subi de réflexion quant à ma silhouette, ce qui peut aider aussi, par rapport à celles qui auront vécu des moqueries ou d'autres formes de harcèlement (la sphère scolaire n'est d'ailleurs pas tendre là dessus pour chacun d'entre nous et peut générer de véritables traumatismes). Ce n'est pas parce que j'accepte mon corps et mes kilos en trop que je vais, à mon tour, juger celles qui sont minces ou qui ont quelques kilos en moins. Il ne faut pas remplacer une discrimination par une autre. Je pars du principe que chaque personne peut être belle dans sa façon d'être unique, de par son histoire, son vécu, sa personnalité, ce qu'elle dégage physiquement (et peu importe les canons de beauté qui n'entrent pas en compte ici). Nous sommes tous beaux dans notre originalité.

Écrit par : Elo | jeudi, 23 juillet 2015

merci pour ton témoignage. Tu fais bien de préciser : "Ce n'est pas parce que j'accepte mon corps et mes kilos en trop que je vais, à mon tour, juger celles qui sont minces ou qui ont quelques kilos en moins. Il ne faut pas remplacer une discrimination par une autre." J'allais d'ailleurs moi-même dans ce sens quand j'écrivais avec : "Mais dans l'absolu, aucun physique ne devrait avoir l'ascendant sur les autres, et ce, quelle que soit l'époque."

Si on était de simples formes d'énergie sans véritable apparence ce problème ne se poserait pas, on serait uniquement notre beauté intérieure (tiens un concept intéressant pour une histoire !) mais ce qui est beau c'est d'arriver justement à atteindre cette liberté, cette tolérance en ayant des corps physiques divers et variés. Il pourrait très bien y avoir aussi une seule orientation sexuelle, une seule couleur de peau, mais la richesse des échanges en pâtirait et l'humanité se nourrit de ça donc c'est sa mission de faire de toutes ces différences autant de sources de partage.

Écrit par : Greg Armatory | jeudi, 23 juillet 2015

Tout à fait. Quand je vois bon nombre de femmes, notamment sur la page de Misery (pas moi, l'autre) critiquer les plus minces, je ne comprends pas trop la démarche. Au contraire, la photographe exprime très bien les visées de son projet, dans le but que chacune apprenne à se montrer et s'apprécier telle qu'elle est. Clamer la supériorité des femmes rondes, ça ne rime strictement à rien ; pour moi, tant que chacune se sent bien dans sa tête et dans son corps, c'est le principal, peu importe qu'elle fasse du 36 ou du 50.

Écrit par : Elo | jeudi, 23 juillet 2015

Oui, il est très facile de retomber dans la discrimination dès lors qu'on veut la pointer du doigt. L'être humain est décidément incorrigible :-)

Écrit par : Greg Armatory | vendredi, 24 juillet 2015

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