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mardi, 03 octobre 2017

Le Chroniqueur du destin [Nouvelles/Fantasy]

Le Chroniqueur du Destin

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- Tiens, c’est mon bâton de pèlerin. Je l’ai utilisé quand j’avais ton âge pour partir à La Roche au Roy, la Capitale de notre royaume.
Koil t’accompagnera jusqu’à La Tour, tu lui diras de revenir ici après. Ton oncle Bart n’est pas au courant de ta venue, mais il s’occupera de toi, aucune crainte. Même si nous nous voyons rarement, nous sommes restés en excellents termes.
Bastien ressentait une euphorie irrésistible devant la perspective de voler de ses propres ailes, de découvrir la liberté, de rencontrer d’autres personnes dans des lieux très différents de ceux qu’ils connaissaient depuis toujours.  Mais il ne pouvait aussi s’empêcher de penser à son père. Il représentait tout pour lui. Le quitter serait une forme de tragédie pour lui, sa première en quelque sorte puisque sa mère était morte en couches. Et puis il y avait un autre aspect de leur relation qui le préoccupait et qui le faisait culpabiliser malgré les efforts de son père pour le rassurer à ce sujet.
- Tu es vraiment certain que mon départ de la ferme ne doublera pas ta quantité de travail ?
Son père soupira en même temps qu’il afficha un sourire las qui se voulait réconfortant pour eux deux.
- On en a déjà parlé maintes fois. Je t’ai déjà dit que tu finis par me coûter plus que tu me rapportes. Dis-lui toi que c’est vrai !
Koil aboya deux fois ce qui sembla achever de convaincre Bastien.
Lorsque Bastien serra une dernière fois son père contre lui, il ne ressentit pas l’émotion qu’il espérait, sans doute parce qu’il n’était pas encore convaincu que c’était réellement le jour du grand départ.

Quand il quitta les abords de la ferme et qu’il jeta un dernier regard en arrière, il avait toujours cette impression de ne faire qu’un voyage d’agrément. Oui, il irait certainement voir Bart à La Tour. Peut-être pousserait-il jusqu’à La Roche au Roy dans un sursaut de courage, mais après ? Les terres et les possibilités étaient bien trop vastes pour lui seul. La liberté promise était d’une ampleur telle que son esprit ne pouvait encore la concevoir.
Et puis ses inquiétudes disparurent subitement lorsque la chaleur du soleil vint l’emmitoufler. Il contempla alors le ciel bleu, le chemin traversant la verte campagne et Koil qui semblait danser devant lui comme voulant partager sa joie et son destin. Et il se sentit vivant comme jamais. Il respira l’air, les effluves de fleurs, de feuilles et d’écorces, l’herbe encore humide de rosée. Il écouta les joyeux pépiements des oiseaux, admira les nuances de vert et de jaune des champs et des pâturages s’étendant à perte de vue avant de détailler les contours mystérieux d’une forêt dans le lointain où il s’imaginait déjà vivre de fantastiques aventures. Tout autour de lui, la nature semblait l’appeler, l’inviter à se perdre dans un avenir incroyable aidé en cela par son imagination plus que jamais débridée. Une barrière venait de tomber, le monde entier s’ouvrait enfin à lui et avec lui la promesse de vivre des expériences inoubliables.
Il commença à faire de grands gestes avec son bâton, s’imaginant pourfendre des gobelins, des orcs et pourquoi pas un dragon. Koil aboyait et sautait comme désireux de l’aider dans ses affrontements, concrétisant un peu plus son fantasme.
Ainsi occupé, il réalisa qu’il avait fait un bon bout de chemin en ligne droite et que la ferme était depuis longtemps hors de vue.
Il s’arrêta un instant, comme troublé par ce constat, puis un aboiement de Koil le ramena à la réalité. Et il s’élança de plus belle sur la route.

Il devait être midi lorsque sur sa gauche il remarqua la route, la grande, celle menant à La Roche au Roy. Deux possibilités s’offraient donc à lui. Cheminer sur la Grande Route pour atteindre d’autres lieux inconnus et peut-être la Capitale en guise de récompense ou poursuivre sur le chemin en direction du village de La Tour, là même où il était censé se rendre. Le fait que son oncle Bart ne l’attende pas l’encourageait à choisir la première direction, mais d’un autre point de vue le village de La Tour lui paraissait un but suffisamment périlleux pour un aventurier de son niveau. Il espéra trouver en Koil un secours au dilemme qui se posait à lui mais en le voyant se tortiller et sauter comme un cabri tout autour de lui, il comprit rapidement que la décision lui revenait et quelle qu’elle fut, Koil la validerait de toutes façons.

Le soir tombait lorsqu’il arriva à La Tour. Il avait peu touché à ses provisions de sorte que son ventre gargouillait comme dix.
C’était l’heure de dire adieu à Koil. Le chien le devina car il se mit à japper et à sauter sur les jambes de Bastien. Le jeune homme déglutit. Il sentit un poids sur sa poitrine. Plus pesant encore que quand il avait quitté la ferme. Sans doute parce que contrairement à son père, Koil ne l’avait jamais jugé, l’apanage même des animaux, qu’ils acceptent ou non les hommes qu’ils côtoient.
Il se baissa et serra le chien contre lui. Et tandis qu’il recevait un déluge de coups de langue, il sentit des larmes couler sur ses joues. Une dernière caresse, un dernier regard et il ordonna à Koil de prendre le chemin du retour d’une voix qu’il ne se connaissait pas.
Après un instant d’hésitation et de perplexité, le chien obéit et se fondit dans la nuit.
Désormais seul, Bastien poussa un long soupir qui pouvait traduire aussi bien l’angoisse d’assumer pleinement son existence que celle de voler enfin de ses propres ailes et où bon lui semblait.

Le village de La Tour avait été baptisé ainsi du fait de la haute tour de guet qui avait été bâti afin de prévenir l’arrivée d’ennemis du temps des grandes guerres, à l’époque où le royaume n’était pas protégé comme il l’était aujourd’hui. La tour se dressait toujours, mais amputée de quelques mètres. L’origine de ce raccourcissement variait selon à qui l’on en parlait. Pour certains c’était le projectile d’une catapulte, pour d’autres, une tempête peu commune et pour les esprits les moins terre à terre rien moins qu’un dragon.
Pour Bastien qui la contemplait sous le ciel étoilé, la silhouette de cette tour décapitée représentait surtout la véritable première  pierre à l’édifice de son périple en terre inconnue.
Seul dans le vaste monde à pouvoir vivre toutes les aventures possibles et imaginables. Une perspective qui avait de quoi lui donnait le vertige.
Il s’approcha fébrile de l’entrée du village. A cette heure les rues étaient déjà désertes, ce qui le déçut un peu. Il songea alors aux immenses avenues de La Roche au Roy emplies de monde de jour comme de nuit. Il avait hâte de se mêler à la foule, de s’y perdre et d’interagir avec des marchands ambulants, des aventuriers, des érudits et pourquoi pas, des magiciens. Il avait soif d’apprendre, soif de découvrir, d’explorer, de comprendre et d’être surpris par les mille et un visages de ce royaume dont il n’avait eu jusqu’alors qu’un bref aperçu.
Pour l’heure, il avait surtout soif tout court. Il gagna facilement la porte de l’Auberge du Matin Pourpre.
Ce n’était qu’une auberge comme une autre, tenu par son oncle de surcroît, mais il avait beau le savoir, en pousser la porte lui procura un frisson d’excitation comme s’il s’apprêtait à pénétrer dans l’antre labyrinthique d’un sorcier sous une montagne, comme s’il était sur le point de vivre sa première grande aventure.
Quoiqu’il arrive, je suis le héros de ma propre vie, se dit-il comme pour pallier à une future déception.
Il fit bien car l’intérieur de l’auberge était tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Quelques tables et chaises occupées par des habitants ou des voyageurs au visage fatigué. Un long comptoir derrière lequel s’affairait un homme massif.

- Bastien, je suis très heureux de te revoir !

La poignée de main qui s'ensuivit fut digne de la morsure d'un loup géant. Le jeune homme secoua ses doigts endoloris derrière son dos.
- C’est vrai que tu as de grosses mains, mon oncle. Comment j'ai pu oublier ça ? Tu n’as jamais pensé être forgeron ou bien lutteur de foire ?
Bart le fixa avec sévérité avant de partir dans un grand éclat de rire.
- Alors toi tu as une sacrée imagination ! Et bien il faut croire que ce n’est pas mon cas. J’ai jamais vu plus loin que ce comptoir et cette enseigne. Et tu sais, quoi ? Je suis très heureux comme ça.

Rapidement Bart fut de nouveau pris par son travail, aussi Bastien se mit à siroter son jus de pomme en essayant de déceler un détail dans la salle qui éveillerait sa débordante et insatiable imagination. C'est ainsi qu'il s'aperçut qu'il faisait l'objet de l'attention de trois énergumènes assez déplaisants. Leur chef ne tarda pas à s'adresser à lui d'un ton qui ne sentait pas la bienveillance. Comme Bastien l'ignorait superbement et commençait à visualiser une grandiose bataille navale dans son verre, le voyou leva la voix :
- Allez petit, un bras de fer ! Je parie que tu meurs d’envie de savoir ce que tu as dans le ventre et ce que j’ai dans la bourse !
- Irvin !
La voix de Bart gronda comme un coup de tonnerre.
- Tu vois cette massue au-dessus de ma tête ? Si tu fous pas la paix à mon neveu, je te jure que ta caboche va lui servir de  socle !
Après avoir échangé un regard avec ses acolytes, l’autre se leva tout en dégainant lentement son épée :
- Ca tombe bien, j’ai justement la frangine qui mouille rien qu’à l’idée de te traverser le gosier.
Bart sauta prestement par-dessus le comptoir et se planta devant Irvin, ses poings formidables serrés à hauteur de poitrine :
- Vas-y. Mais je te préviens, me rate pas, car moi je te raterai pas.

Les deux hommes se dévisagèrent et il faut croire qu'un duel d'une autre espèce eut lieu entre eux, car le dénommé Irvin quitta l'auberge en grognant suivi de ses deux ombres.

- Tu lui aurais vraiment éclaté le crâne ? s'enquit Bastien frémissant des pieds à la tête aussi bien à l'idée d'avoir été menacé comme d'avoir failli assisté à un combat digne de ce nom.
- La guerre c’est sur un champ de bataille, moi je dirige une auberge. Mais j’ai ma fierté, je suis pas le frère de ton père pour rien.
- Donc tu lui aurais éclaté le crâne.
- Disons que je lui aurais remis les idées en place.
- A propos, cette massue, d’où vient-elle ? C’est pas une arme très commune, surtout par ici.
- Ca c’est bien vrai. Et bien pour tout te dire, un jour, ça doit faire deux ans de ça, un type du genre barbare est venu faire une halte.
- Ca me fait plaisir que tu sois là. A force de croiser tous les jours les mêmes personnes, je finis par inventer toutes sortes d’histoires pour alimenter la conversation. Avec toi, au moins, j’ai pas besoin vu que tu sais rien. Le prends pas mal, c’est normal à ton âge et puis t’es toujours resté à la ferme, comme mon frère. Tu comptes aller où, au fait ?
- Je sais pas trop. Je dois passer quelques semaines loin de la maison pour faire mon éducation, voir si je suis prêt à voler de mes propres ailes. Après j’officialiserai mon départ pour de bon.
- Ton père a trouvé quelqu’un pour te remplacer ?
- Y a beaucoup moins de travail qu’avant. Et puis je finis par lui coûter plus que je ne peux lui rapporter.
- Ouais, ça c’est bien vrai, les temps sont durs pour tout le monde. Moi, je vois, y a quelques années à la même époque, la salle aurait été pleine à craquer, j’aurais même été obligé de refuser du monde. Là, c’est tout juste si je remplis toutes les chambres et j’ai dû revoir mes tarifs plus d’une fois sinon j’aurais mis la clé sous la porte depuis belle lurette.
- Il te reste un lit pour moi ?
- Oui, t’en fais pas, mon gars, y aura toujours un lit pour toi, même si pour ça je dois coucher dans l’étable avec la grosse Suzette.
Ladite Suzette était une vache attachante auquel le père de Bastien tenait beaucoup et qu’il avait offerte à Bart dans le seul but de le motiver à voir son frère.
- Elle est toujours vivante ?
Bart s’esclaffa.
- Je crois que c’est pas une vache ordinaire. C’est une espèce de magicien qui me l’avait donné pour régler ses dettes. Je serais prêt à parier qu’à force de le fréquenter, la Suzette a fini par se faire envoûter. N’empêche qu’elle pue toujours autant.
- Si ça t’ennuie pas, je vais aller me coucher. Merci pour le repas et l’accueil.
- T’es ici chez toi, Bastien.
Bart redressa son colossale silhouette.
- Je pense aller à La Roche au Roy dans quelques jours.
A cette annonce, l’aubergiste s’immobilisa et ses yeux fixèrent son hôte sans ciller.
- Ah, mais c’est pas la porte à côté, dis-moi. Sans fortune, ni expérience, c’est même carrément déconseillé pour quelqu’un comme toi. Tu devrais plutôt songer à trouver un métier avant d’entreprendre une quête aussi ambitieuse.
- Un métier ?
- Tu ne comptais quand même pas vivre de tes rêves ?
Bart s’esclaffa sans retenue. Il lui ébouriffa les cheveux.
- Si ton père t’a envoyé chez moi, c’est pas seulement pour qu’on taille le bout de gras. J’ai pas de quoi te payer, mais en échange d’un coup de main tu auras lit et couvert. Ce qui, de nos jours, est une vraie bénédiction. Repose-toi bien, une dure journée nous attend demain.
Bastien attendit que son oncle monte l’escalier pour laisser quelques larmes couler sur ses joues. Il avait le sentiment de s’être fait piéger. Il n’e pouvait plus se méprendre sur les intentions de son père. Celui-ci l’avait bel et bien manipulé. Il se débarrassait de lui et fournissait une main d’œuvre bon marché à son oncle. D’une pierre deux coups.
Les dents serrées, le visage déformé par un rictus de rage, Bastien essuya ses yeux. Il se leva et ouvrant sa gibecière commença à y enfourner toutes les victuailles à portée de main. Puisque c’était comme ça, il partirait à La Roche au Roy dès cette nuit. Il n’avait plus aucune envie de rester à l’auberge. Plus que jamais, il se sentait attiré par l’aventure, les grands espaces. Son père et son oncle l’avaient pris pour une vulgaire bête de somme. Ils allaient en être pour leurs frais.
Bastien allait lui aussi prendre congé lorsque trois garnements à l’hygiène douteuse s’invitèrent à sa table, guettant peut-être depuis un moment le départ de Bart.
Le plus âgé, mais aussi le plus crotté, s’adressa à lui :
- T’es pas d’ici, ça se voit. Alors, qu’est-ce que tu as entendu, toi ? On fait un concours, y a rien de mieux à faire ici, de toutes façons.
Il désigna du pouce l’un de ses acolytes dont les dents semblaient avoir récemment épousé un mur.
Rego est champion pour le moment. Il a entendu un jour un chasseur raconter qu’il avait vu un orc dans la grande forêt au nord, juste avant la frontière. Moi je dis que ça devait être un homme car les orcs peuvent pas traverser à cause de la protection magique des cinq.
- La protection magique des cinq ?
- Et bien, t’as pas dû beaucoup sortir de chez toi !
- Non, c’est la première fois.
Ils se dévisagèrent perplexes avant de comprendre qu’ils avaient le pouvoir de faire son éducation, du moins, jusqu’à un certain point, la leur n’étant pas franchement exemplaire.
- Tu connais pas les cinq ? fit le troisième larron qui avait l’allure d’un érudit hormis qu’il portait des guenilles. Leur présence dans notre royaume lui permet d’être protégé de toute intrusion des forces du mal. Tant qu’ils existent, on a rien à craindre des orcs et de toutes les races hostiles. C’est pour ça qu’on vit en paix depuis tout ce temps.
Au lieu de s’étonner de son ignorance, Bastien observa :
- Il y a quand même des conflits de temps en temps.
- Ah, mais ça c’est normal et c’est rien comparé à ce qui se passerait si le chaos déferlait ici.
Fortement intrigué, Bastien s’enquit :
- Mais qui sont ces cinq ?
Le visage de l’autre s’éclaira comme s’il allait révéler un secret connu de bien peu d’hommes :
- Personne ne sait et tu sais quoi ? C’est très bien comme ça, comme ça personne peut s’en prendre à eux.
- Très bien, je comprends. Il sont sûrement très puissants, mais même s’ils le sont pas, le fait qu’on ne sache pas qui ils sont les protège et du même coup nous protège tous.
- C’est ça ! Mais c’est que tu es moins bête que tu en as l’air.
- En gros, vous en savez pas beaucoup plus que moi.
Les trois garnements se dévisagèrent, hagards, avant de reporter leur attention sur Bastien :
- Bon, laissons-le, décréta leur chef, il est aussi intéressant qu’un escargot dans sa coquille.
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Bastien se retrouvait seul dans la salle.
Ne voyant rien d’autre à faire, il allait monter se coucher lorsqu’en chemin vers l’escalier, son regard accrocha la massue au-dessus du comptoir. Il imagina quel guerrier avait pu la brandir sur un champ de bataille et réduire en bouillie des hordes d’adversaires pourtant féroces.
C’est vrai qu’il n’avait rien vu ni entendu qui ne méritât un récit digne de ce nom. Mais depuis son plus jeune âge, son esprit assoiffé d’exploits héroïques n’avait cessé de lui dépeindre des scènes épiques ou simplement la rencontre d’illustres noms de la chevalerie.
Perdu dans ses pensées, c’est à peine s’il se rendit compte qu’il grimpait sur le comptoir et qu’il tendait désespérément le bras vers la massue. Percevant un grincement, il tourna la tête vers l’escalier. Il tira la langue comme pour augmenter son allonge. La porte de l’auberge s’ouvrit. Sous le coup de la surprise, Bastien dégringola du comptoir et se retrouva au sol. En redressant la tête, il fut stupéfait de voir un homme en armure appuyé contre l’encadrement. Il retira péniblement son casque qui tomba et roula jusqu’à Bastien. Le sang qu’il y avait à l’intérieur coula en une sinistre rivière sur le parquet. Pendant quelques secondes, le jeune garçon fut incapable de détacher ses yeux de la flaque pourpre. Un grognement émis par le visiteur l’arracha à sa morbide contemplation.
- Ils sont passés. Les orcs sont passés. Dans la forêt…
L’homme s’écroula en avant dans un grand fracas. Bastien eut alors tout le loisir de remarquer la lame noire et dentelée plantée entre ses omoplates.
- Qu’est-ce qui se passe ? Bastien !
Bart venait de faire irruption dans la salle, armé d’un gourdin. Il aida son protégé à se relever avant de s’intéresser au cadavre puisque c’en était bel et bien un.
- Je le reconnais. C’est Sven, un soldat. Il est déjà venu plusieurs fois ici. Je me souviens qu’il disait patrouiller dans la forêt.
Il examina l’arme qui saillait du dos dudit Sven avec une expression inquiète avant de reporter son regard sur Bastien :
- Il t’a dit quelque chose avant de mourir ?
Bastien savait que la chose la plus censée, la plus évidente et la plus raisonnable était de répéter mot pour mot ce que l'infortuné Sven avait révélé avant de succomber. Mais il fut totalement incapable de le faire. Peut-être parce que cela allait de paire avec une responsabilité beaucoup trop écrasante pour ses frêles épaules, comme d'annoncer la fin du monde. Et puis il y avait aussi cette autre émotion qui bataillait avec ce devoir à accomplir au point d'aveugler sa conscience.

Il brûlait de haine, il voulait se venger de son humiliation.

Comme il ne pouvait s'en prendre à son père, il décida que c'était à Bart de payer. Après tout c'était la faute de son oncle s'il lui cachait la vérité. S'il ne l'avait pas considéré comme un simple outil tout comme son père, il n'aurait jamais eu l'idée de travestir les faits. Alors, scellant le destin du royaume, allégé du poids de la culpabilité, il dit lentement :

- Je crois qu'il a parlé, mais je n'ai pas compris.

 

à suivre...

 

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